Artistes et psys face au mur

Un groupe citoyen de Ittre vient en aide aux enfants palestiniens en Cisjordanie. Un projet socio-humanitaire pour une population à l’ombre d’un mur. Et une expo/vente pour financer l’aventure

(1) L’exposition sera accessible de 11 à 18 heures les 19 et 20 juin à l’Espace XE. 39, rue Mercelis, à 1050 Ixelles. La vente aux enchères aura lieu le dimanche 20 juin à partir de 16 heures.

Huit mètres de hauteur, 175 kilomètres de longueur à ce jour. Décidée par Israël pour se protéger de l’entrée non contrôlée de Palestiniens à partir de la Cisjordanie, la construction du mur avance. Les territoires palestiniens se retrouvent enclavés par une muraille de béton, comme internés dans une prison à ciel ouvert. Le mur s’allonge, tout comme la liste de ses victimes. Parmi les premières, les enfants.

Les petits Palestiniens ont la peur au ventre. Une peur panique du bruit qui peut être une explosion, la peur d’aller à l’école et de ne plus revoir leurs parents, leur maison. Cette peur est traumatisante et source de multiples malaises.  » Face à la violence quotidienne et à la ghettoïsation, l’école devient le seul milieu social des enfants, le seul lieu où le traumatisme peut être diagnostiqué, verbalisé « , explique Marc Abramowicz psychothérapeute et membre de  » Pour les enfants de Qalqilya « , association belge qui organise une série de projets d’aide aux enfants palestiniens.

Ce groupe et plus de 100 artistes belges (dont Bram Bogart, François Schuiten, Pierre Kroll) défendent actuellement le projet  » Contre le mur  » afin de soutenir directement ces enfants, en leur offrant des ateliers d’été et en nous offrant une exposition unique. Deux jours pour présenter une collection éclectique d’£uvres artistiques belges qui seront vendues le 20 juin à Ixelles pour financer l’opération (1).

Quinze psys et quinze artistes prennent plus particulièrement part à ce projet. En juillet, chaque artiste animera à Qalqilya un atelier d’activités artistiques couplées à un travail psychologique pour plus de 700 enfants palestiniens. Les ateliers s’articuleront notamment autour de la peinture et du dessin, de la création de livres pour enfants, de l’expression corporelle et de l’élaboration d’un journal quotidien. Cette dernière animation fera l’objet, à long terme, d’un échange avec des écoles belges. Les psychologues, quant à eux, favoriseront, par l’expression artistique la libération de la parole et des ressentis psychiques des enfants.

Le projet est né d’une mission d’observation organisée par le groupe citoyen d’Ittre, et composée d’universitaires belges. En janvier dernier, ce groupe allait à Qalqilya, en Cisjordanie, pour lancer un programme de formation adressé à une vingtaine d’instituteurs. L’objectif était alors de développer l’aide psychologique que les enseignants peuvent apporter à leurs élèves.

Au contact des enfants, l’association constatait une dégradation de leur état psychologique. Le mur érigé, un million de personnes sont coupées de leur famille et 60 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.  » Les enfants ont perdu le réflexe de sourire « , précise Marie-Paule Eskénazi, membre du groupe. Le constat de cette mission faisait écho à toutes les enquêtes menées par des associations de santé mentale. La ghettoïsation augmente significativement l’anxiété parmi la population et le développement de pathologies psychiatriques.

Face aux maux, face au mur, l’association proposait alors aux habitants de se l’approprier en le décorant de fresques. Ils ont d’emblée refusé l’idée,  » Peindre le mur reviendrait à le légitimer « , disaient-ils. Finalement, avec le concours des autorités et d’ONG locales, du ministère palestinien de l’Education et de la Jeunesse, les projets d’ateliers et d’expo/vente voyaient finalement le jour à Bruxelles. Pour lancer un pont symbolique par-delà le mur.

Yves Moulin

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