Argent pas cher

Les taux d’intérêt au plus bas et la hausse du pouvoir d’achat sont des paramètres qui ont de quoi rassurer le candidat acheteur. A l’inverse de la situation précaire du marché de l’emploi. Des notaires plaident pour plus de souplesse à l’égard des  » mauvais emprunteurs « .

Il y a d’abord le  » prix de l’argent à rembourser « , pour faire simple. Les taux d’intérêt sur les emprunts hypothécaires sont au plus bas pour l’instant et ne devraient pas remonter dans les prochains mois de manière significative. Mieux : selon Philippe Ledent, économiste chez ING,  » les banques vont doucement desserrer la vis sur le plan des conditions d’octroi de ce crédit « .

Autre paramètre encourageant pour l’instant : le pouvoir d’achat des ménages qui a solidement augmenté ces cinq dernières années (inflation et indexation des salaires), grâce, notamment, à la liaison des salaires à l’index. Selon une étude de l’entreprise de ressources humaines SD Worx, les salaires auraient augmenté de 18 % depuis 2005. Argent pas cher et pouvoir d’achat en hausse (pour les salariés) : voilà plutôt deux sacrées bonnes raisons pour tenter de contracter sans trop tarder un prêt hypothécaire ; et plutôt à taux fixe, puisqu’il est au plancher pour l’instant.

Reste pourtant un bémol de taille : vu l’incertitude prolongée sur le marché de l’emploi, ceci ne concerne plus guère, passé un certain plafond de prix de l’ordre de 250 000 euros, que le couple emprunteur qui dispose encore d’un double salaire garanti sur le long terme.  » Contrairement à ce que prétendent les organismes bancaires, les notaires peuvent attester, cas vécus à l’appui, que nombreux ont été les candidats emprunteurs à ne pas obtenir le crédit hypothécaire sollicité. Tantôt parce que le montant demandé était revu à la baisse, tantôt parce que les conditions de rémunérations et de garanties avaient été relevées « , rappelle Me Mignon. Notaire à Ittre, il approuve d’ailleurs cette politique de prudence retrouvée tout en constatant qu’elle pénalise la frange la plus jeune de la population des acquéreurs en la condamnant à épargner le solde requis par la banque (quelque 25 %) avant de pouvoir acheter.

Une reprise significative

A ce propos, l’Union professionnelle du crédit (UPC, Febelfin) publie un baromètre mensuel intéressant (voir tableaux) : il indique, pour le mois écoulé, le nombre de crédits octroyés et le montant moyen. Fait marquant à relever : au plus fort de la crise financière, en janvier et février 2009, l’UPC a enregistré une baisse du nombre de crédits octroyés de l’ordre de 15 % (par rapport à 2008). Quant aux montants, ils étaient rabotés de plus de 20 %. Pas étonnant, dès lors, d’enregistrer des baisses d’activité à l’avenant sur le marché immobilier. Pour expliquer la reprise du marché fin 2009, deux chiffres suffisent : en novembre et décembre 2009, les octrois de crédits – tout comme les montants – sont repartis à la hausse de façon tout aussi marquante (respectivement + 37,5 % et + 39 % sur base annuelle).

Autant dire que, fin 2008 et début 2009, le marché immobilier était passablement plombé par les banques. Heureusement, sur les douze mois de 2009, les banques ont progressivement refait leur métier ; et le montant total des prêts octroyés a connu une reprise significative de + 46 % (sur base annuelle). Très logiquement, c’est surtout au cours des six derniers mois que les demandes de prêts hypothécaires ont le plus progressé. Explication : des taux d’intérêt bas et des stimuli fiscaux ou financiers sur le plan environnemental ont relancé la demande.

Durablement ? Voire. Ceux qui ont réussi à décrocher le crédit  » sésame  » doivent encore arriver à le rembourser sans faillir.  » 60 000 pertes d’emplois annoncées en 2010 après les plus de 60 000 confirmées en 2009, cela fait autant de ménages précarisés, dont les lignes de crédit, notamment hypothécaires, sont fragilisées « , pose Jean-Paul Mignon.

A ce propos, le notaire et ses collègues en appellent d’urgence aux pouvoirs publics pour qu’ils changent la règle actuelle en matière de fichage des  » mauvais payeurs  » et de limitation automatique de l’accès au crédit. Explication :  » Après trois mois de retard de paiement, tout emprunteur est catalogué  » mauvais payeur  » et perd dès lors automatiquement tout accès au crédit bancaire. A un taux raisonnable, du moins : le seul organisme prêteur qui lui ouvrira ses portes le fera à du 12 %… Un taux quasi suicidaire, même en situation non précarisée. Vu la période d’incertitude actuelle et le nombre d’emprunteurs qui vivront des moments difficiles dans les prochains mois, il est indispensable d’allonger cette période durant laquelle l’organisme bancaire devra patienter avant de prendre des mesures de rétorsion à l’égard de ces pseudo-mauvais payeurs « , insiste le notaire.

Qui s’explique :  » Imaginez un couple qui perd un de ses deux salaires pour un laps de temps même limité, avant de retrouver une situation stable quelques mois plus tard. Le système actuel permet à l’organisme prêteur de lui ôter la propriété de son logement de façon quasi automatique. C’est trop strict au vu de la conjoncture économique actuelle. Et il est grand temps que les pouvoirs publics donnent un peu d’oxygène à ces propriétaires temporairement fragilisés. C’est socialement, voire économiquement vital : imaginez que ces quelque 120 000 chômeurs annoncés voient leur ligne de crédit coupée et leur toit confisqué, cela ferait autant de biens mis en vente forcée sur le marché sur une période très courte. S’ensuivraient une pléthore de l’offre et une chute des valeurs, dommageables pour tout le monde.  » Selon les notaires consultés, même en Brabant wallon, province protégée sur le terrain de l’emploi, on enregistre déjà pour l’instant une hausse inédite des ventes forcées.

Pour soutenir et relancer le marché, Philippe Janssens en appelle pour sa part à une réduction généralisée des droits d’enregistrement. Depuis la régionalisation des droits d’enregistrement, au début des années 2000, la Flandre a pris l’initiative d’instaurer un système de taxation passablement plus intéressant que celui des deux autres Régions, dont la portabilité (1). Vu ce système avantageux au niveau fiscal, les jeunes couples ont été plus enclins à acheter aussi vite que possible dans les limites de leur budget et à racheter rapidement un bien plus important.  » En agissant ainsi, les pouvoirs publics ont soutenu intelligemment et globalement l’activité et les valeurs : ce qu’on ne perd pas en taxes, on l’investit dans son toit. « 

Et ce type de mesures serait bien nécessaire aujourd’hui dans les autres régions, car l’activité risque de tourner au ralenti pour 4 à 5 ans au moins, le temps que l’épargne des ménages se retisse à nouveau. Autre argument convaincant : la mesure, loin de grever le budget public régional, le renflouerait même…

(1) Lors de la revente d’une habitation pour en acheter une nouvelle, le propriétaire peut déduire les frais d’enregistrement précédemment payés, à hauteur maximale de 12 500 euros des nouveaux frais d’enregistrement.

PH.C.

 » Ménager les propriétaires temporairement fragilisés « 

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