Après Le Déclin, Les Invasions

Denys Arcand vient de donner une suite à son film culte Le Déclin de l’empire américain. Un comédien belge, Toni Cecchinato, tient un rôle important dans ces Invasions barbares

C’est sans aucun doute le plus fameux de tous les films québécois. Un grand succès public, mais aussi une oeuvre culte qui marqua toute une génération. Lorsque Le Déclin de l’empire américain sortit au milieu des années 1980, on ne parla plus que de cette comédie grinçante où un groupe d’amis se réunit dans une maison de campagne et se mettent à parler, les hommes (qui préparent le repas) d’un côté et les femmes de l’autre, avec pour premier sujet de conversation… le sexe opposé et le sexe tout court. Nourries de références et bien articulées par des personnages d’un niveau intellectuel et culturel élevé, les réflexions souvent piquantes de Rémy, Pierre, Dominique et Claude, celles de Louise, Diane et Danielle eurent un impact singulier sur des spectateurs de la même génération qui, tous ou presque, se retrouvaient concernés par le sujet central du film: qu’avons-nous fait de cette liberté sexuelle aussi hautement revendiquée que souvent peu ou mal mise en pratique?

Denys Arcand, auteur du film phénomène, a décidé de lui donner une suite. Il vient d’achever au Québec le tournage de ce prolongement qui sera très attendu, et dont la primeur sera plus que probablement réservée au Festival de Cannes, en mai prochain. Intitulé Les Invasions barbares, le nouveau film commence au moment où l’un des héros du premier, Rémy (interprété par Rémy Girard), atteint d’une maladie incurable, a décidé de mourir par euthanasie. Son fils va reprendre contact avec tous ses amis, certains perdus de vue, afin de les réunir autour de son lit d’hôpital, pour un adieu en beauté, dans une affection complice. Ce qui sera fait, tandis que s’accumulent au-dehors les nuages de menace nés d’un certain 11 septembre 2001…

Un « film de gang »

Lorsque son agent a appelé Toni Cecchinato pour lui proposer un « casting » pour le film, le comédien belge dut avouer qu’il n’avait pas vu Le Déclin de l’empire américain. L’ayant « rattrapé » illico sur cassette, il mesura la chance que représentait cette audition pour Les Invasions barbares. Celui qui brilla au cinéma chez Juliet Berto ( Neige et Cap Canaille) et aussi dans Mima, de Philomène Esposito, est avant toute chose un homme de théâtre. Ses remarquables adaptation (avec Nicole Colchat) et mise en scène de Johan Padan à la découverte des Amériques, de Dario Fo, pour le théâtre du Parc, à Bruxelles, seront bientôt reprises à Paris pour l’ouverture du théâtre Le Montparnasse. Exigeant et lucide, Cecchinato ne se fit d’abord guère d’illusions, mais fut retenu par Arcand dans la dernière sélection de trois acteurs possibles avant de décrocher le rôle d’Alessandro, l’amant universitaire et italien de Claude, joué par Yves Jacques et dont l’homosexualité assumée avait été un des piments des discussions du Déclin.

« Au Québec, j’ai trouvé une ambiance extraordinaire, tout en complicité », raconte Toni Cecchinato, qui apprit très vite que, là-bas, on appelle un film de troupe à nombreux personnages principaux « un film de gang ». « Je me suis aperçu, au fil des échanges, que le québécois et mon wallon de La Louvière ont plus d’un point commun! » rit le comédien qui apprécia beaucoup les méthodes de travail de Denys Arcand, « faites d’une extrême précision et en même temps d’une vraie liberté laissée aux acteurs. Denys filme très souvent en plan séquence, et faittrès peu de prises, il sait à merveille saisir la vérité d’une situation complexe où évoluent sur des plans différents plusieurs personnages ». Si une sélection cannoise se confirme, et si Les Invasions barbares fait l’effet attendu, la carrière cinématographique de l’Italo-Belge pourrait rebondir spectaculairement. Mais Cecchinato, qui a pris l’habitude de refuser beaucoup de choses « parce que la vie est trop courte, les vrais bonheurs, trop comptés », n’en abandonnera pas pour autant sa passion des planches et plus spécialement de Dario Fo, dont il créera en français le monologue Saint François d’Assise, bouffon de Dieu au prochain Festival de Spa.

Louis Danvers

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