Annemie Turtelboom  » Je ne fais pas une sale besogne « 

La circulaire ministérielle précisant les critères de régularisation des sans-papiers tarde à venir. En attendant, les expulsions continuent (lire p. 26). Très critiquée, la ministre Open VLD de la Politique de migration et d’asile s’explique.

Vous sentez-vous responsable du suicide d’Ebenizer Sontsa, un Camerounais de 32 ans, à Merksplas ?

Cette mort est vraiment tragique et, bien sûr, je la regrette. En suis-je responsable ? Je ne crois pas. Le ministre flamand du Bien-être est-il responsable de chaque suicide en Flandre ?

Pourquoi refuser un moratoire sur les expulsions ? Un tel geste est un tabou politique en Flandre ?

Pas du tout. Mais je ne peux pas accorder un moratoire. Car qui cela concernerait-il ? Ce serait donner de faux espoirs à beaucoup de gens. La seule solution, c’est la circulaire ministérielle.

Pourquoi cette circulaire n’est-elle pas encore prête ? On a l’impression que vous retardez au maximum l’application de l’accord gouvernemental sur les régularisations…

Ce n’est pas vrai ! Je veux aller vite, mais ce n’est pas si simple. Car, le sujet étant sensible, je veux que les autres partis de la majorité approuvent cette circulaire. Une première version du texte est à l’examen.

Que doit préciser la circulaire ? L’accord de gouvernement était déjà très précis, non ?

Pas pour tout. Que recouvre la notion d’ancrage local ? Travailler ? Parler une des trois langues de notre pays ? Avoir une lettre de recommandation du bourgmestre de la commune dans laquelle on est établi ? Cela mérite une réflexion, tout de même.

Comment l’ancrage local sera-t-il défini dans la circulaire ?

Je ne vous le dévoilerai pas avant le Conseil des ministres… Ce que je peux vous dire, c’est que le texte sera objectif et clair car, une fois signé, il ne faut pas qu’il soit remis en cause à tout bout de champ.

Et concernant la régularisation des clandestins qui ont reçu une offre de travail avant mars 2007 ?

La régularisation économique doit encore faire l’objet de discussions avec les partenaires sociaux et les Régions. Il faudra donc un autre texte pour ce critère-là, sinon cela retardera l’application des critères de  » procédure de trop longue durée  » et d' » ancrage local « . Je comprends l’impatience des intéressés, mais je ne peux pas tout faire en deux mois. Beaucoup de ministres dans le gouvernement n’ont pas encore émis la moindre proposition…

Selon vous, enfermer des mineurs n’est pas contraire à la Convention internationale des droits de l’enfant ?

Lorsqu’on m’a posé la question au Parlement, j’ai seulement fait référence à la jurisprudence. J’ai aussi ajouté que je tenais absolument à trouver une solution pour les enfants en centre fermé avant l’été.

Je ne fais pas une sale besogne. Mes compétences sont difficiles, certes, mais elles sont tournées vers l’avenir car il y aura toujours des gens qui migrent. Je gère un ministère du futur, comme mes homologues en France, aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne.

Si l’Open VLD est aussi intransigeant en matière d’immigration, c’est parce qu’il se sent menacé par le Vlaams Belang ?

Pour les gens de gauche, je serai toujours trop à droite et vice versa. Ma seule ambition est d’avoir une vraie politique d’immigration au sein de l’Europe et du monde.

Une directive européenne prévoit d’enfermer des sans-papiers jusqu’à 18 mois. Vous trouvez cela normal ?

18 mois, c’est le maximum et non un objectif à atteindre. Ma volonté est que l’enfermement de sans-papiers soit le plus court possible.

Entretien : Thierry Denoël

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