Amour et Internet, une liaison dangereuse ?

Selon diverses études médica- les, les rencontres par Internet favorisent désormais grande- ment la transmission des maladies sexuellement trans- missibles. Cible particulière- ment vulnérable : les gays et les bisexuels

Informations : www.preventionsida.org

Etudiante à Liège, je suis ouverte à toute rencontre pour bavarder, boire un verre, sortir…, voire plus si affinités.  » Cette petite annonce aguicheuse n’est pas tirée d’un toutes-boîtes gratuit mais de Meetic, un service de rencontre par Internet qui se propose de jouer les intermédiaires entre surfeurs à la recherche d’une âme s£ur. Fondé en 2001, le réseau Meetic est présent dans huit pays européens et affirme rassembler plus de 125 000 célibataires sur le seul marché belge. Prolongement virtuel des cafés et boîtes de nuit, ce nouveau phénomène de société recèlerait toutefois une face cachée mais bien réelle : en offrant des occasions supplémentaires d’approcher des partenaires, le Net contribuerait en même temps à propager les maladies sexuellement transmissibles (MST) chez certains groupes spécifiques de la population. Les gays et les bisexuels sont les premiers touchés.

Une étude publiée en décembre dernier par le Département américain de la santé montre, en effet, qu’en 2002 quelque 400 nouveaux cas de syphilis ont été dépistés au sein de la communauté homosexuelle de San Francisco. Or, chez plus d’un tiers des patients interrogés par les auteurs de l’enquête, le Réseau s’est imposé comme le moyen le plus important de lier connaissance avec des partenaires, devant les bars, saunas et autres librairies pour adultes. Selon un autre rapport commandé par les pouvoirs publics à l’Institut britannique des sciences de la santé (université de Londres), l’Internet influerait en outre sur la géographie des MST : à travers ce media qui abolit le temps et l’espace, le sida s’étend désormais à des régions de Grande-Bretagne où la séroprévalence est généralement faible.

Et en Belgique ? A la différence de nos voisins anglo-saxons, aucune étude scientifique n’a encore été réalisée chez nous sur ce lien entre utilisation du Net et diffusion des MST. Mais  » le réseau associatif a cependant identifié une première relation de ce type, explique Thierry Martin, directeur de la Plate-Forme Prévention Sida, une ASBL subventionnée par la Communauté française. Il s’agit du barebacking, c’est-à-dire la recherche délibérée de rapports sexuels sans préservatif. Certains internautes adoptent un « pseudo » particulièrement explicite (« Barebacker », « Nocapot »…) ou organisent des soirées barebacking via le Net…  »

Adapter la prévention ?

Pourquoi cet attrait particulier du milieu homosexuel pour les contacts par écrans interposés ?  » Au regard des lieux traditionnels de socialisation, l’Internet jouit d’une indéniable efficacité, remarque Thierry Martin. En moins d’une heure, vous pouvez rencontrer un partenaire et lui fixer un rendez-vous. De plus, l’anonymat que garantit le Réseau permet de parler de sexe beaucoup plus librement.  » Les webmasters de sites de rencontre devraient-ils, dès lors, assumer une part de responsabilité dans la prévention des MST ? C’est la démarche déjà adoptée par le site hollandais Dateguide.nl qui oriente le visiteur en fonction de son profil sexuel : recherche d’une aventure ou d’une relation durable, coming out déjà effectué ou non…  » Il faut toutefois rester pragmatique, souligne Vladimir Martens, directeur de l’Observatoire socio-épidémiologique du sida et des sexualités aux Facultés Saint-Louis. La transparence a ses limites. Si nous forçons les surfeurs à mentionner des informations plus délicates comme le statut sérologique, nous verrions probablement apparaître des sites pirates, clandestins où cette obligation serait bannie. Par ailleurs, notre tradition démocratique privilégie habituellement la sensibilisation des individus à toute forme de contrainte ou d’interdiction.  »

Bref, en raison des bou- leversements sociaux qu’elles induisent, les nouvelles technologies pourraient susciter à l’avenir des questions inédites de santé publique… et conduire les acteurs de terrain à revoir leurs campagnes de prévention. Pour ces derniers, le défi s’annonce d’autant plus ardu à relever qu’on constate, ces dernières années, un relâchement global de la vigilance du grand public à l’égard des MST :  » Le sida se porte malheureusement bien en Belgique, déplore Thierry Martin. Entre 1997 et 2002, le nombre de cas dépistés a augmenté d’environ 40 %…  »

Olivier De Doncker

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