Amadeus et Benedictus

Christian Makarian

On attendait Bach ou Pergolèse, le chant grégorien ou les leçons de ténèbres. Erreur. Sitôt intronisé, Benoît XVI a exprimé sans ambages sa préférence pour Wolfgang Amadeus. Entre eux existe un pacte, une alliance. Avec ou sans son frère, Georg, simple prêtre et maître de ch£ur, le pape répète, approfondit son style, travaille l’inépuisable répertoire. On l’a vu maintes fois, par le passé, alors qu’il était préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi (ex-Saint-Office, ex-Suprême Inquisition), courber son dos vers le piano et, les mains nouées par la concentration, projeter sur les touches le souffle de l’esprit mozartien. Au point de recevoir le surnom – un rien ironique – de  » Mozart de la théologie « . Ayant revêtu les habits du souverain pontife, il n’a rien renié de cet amour. Même en vacances dans le Val d’Aoste, il prend soin de faire savoir qu’il se repose en compagnie de Mozart. Il adore les sonates pour piano et, à ce que l’on dit, aurait une tendresse particulière pour le pianoforte, qu’il pratique allègrement.

La musique vient corriger l’image d’un homme dur qui n’a jamais trop fait de concessions à son temps. Et donne au Panzerkardinal des airs gemütlich qui paraissent franchement bienvenus. Au fond, en utilisant Mozart comme adoucisseur, Benoît XVI manifeste un certain sens du marketing. L’auteur du Requiem n’est-il pas aussi celui de Don Giovanni ? Un homme qui connaît la scène du catalogue ne peut pas vraiment se faire inquisiteur. Et voici qu’un autre visage apparaît. Le doctrinaire de l’Eglise se pare d’une sensibilité musicale qui adoucit son image. Du coup, son environnement s’égaie. Dans ses discours, il exalte les vertus apaisantes de la musique, qui s’écoute en famille et qui favorise l’élévation de l’âme. Dans le choix d’Ingrid Stampa, laïque originaire d’Allemagne du Nord, comme gouvernante, il faut voir ses qualités de musicienne, diplômée à 18 ans du conservatoire (de musique ancienne !) de Bâle, en Suisse, en viole de gambe. Mais cette dernière a beau avoir enregistré plusieurs disques, elle se doit aussi de réussir l’Apfelstrudel bavarois, cher à Joseph Ratzinger. On murmure que l’influence intellectuelle d’Ingrid serait d’autant plus grande qu’elle en aurait imposé à son protecteur en matière de  » mozartie « . Mozart fait parfois de drôles d’apparitions… l

Christian Makarian

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