Alfredo Cañavate

Au fond, à quoi sert le théâtre ? » La question, provocatrice, fait sourire Alfredo Cañavate, 46 ans, comédien permanent du Théâtre national, à l’affiche d’une  » carte blanche  » avec le chorégraphe-danseur Enzo Pezzella.  » Et lire, à quoi ça sert ? rétorque-t-il. Quelle est l’importance de l’art, et de l’art vivant ? Cela fait, tout simplement, partie de l’être humain. Les représentations collectives ont existé de tout temps. A la différence des compétitions sportives, qui dressent des groupes les uns contre les autres, le théâtre rassemble, éveille les gens, suscite la disponibilité mentale. Il permet de se ressourcer, de s’amuser, de réfléchir son existence, de libérer des angoisses. Et, lorsque c’est réussi, de ne pas être le même en sortant du spectacle qu’en y entrant.  »

Rien ne prédestinait cependant ce fils d’émigrés espagnols û une mère réfugiée économique et un père réfugié politique, qui travailla d’abord dans les charbonnages, avant de s’installer avec sa famille à Saint-Gilles û à une brillante carrière sur les planches. Enfance dans un quartier populaire, tuberculose à 8 ans, entrée à l’athénée.  » Là, pour la première fois, se souvient Cañavate, un prof de français parle de quelque chose qui me passionne : le théâtre.  » Du coup, avec quelques gamins, le petit Alfredo passe son temps libre à errer dans son quartier autour du Théâtre du Parvis, lieu fort novateur pour l’époque où, déjà, les Philippe Van Kessel et autres futurs créateurs de lieux légendaires comme le Sainte-Anne ou le Varia exercent leurs premières armes. Un jour, le théâtre organise trois jours de  » portes ouvertes « .  » Je me suis précipité, raconte le comédien. Pensez ! A l’époque, la seule approche connue était celle de l’émission Au théâtre ce soir ! Là, j’étais littéralement scié !  » Subjugué, le jeune ado s’inscrit à l’Académie. Malheureusement, à 16 ans, le comédien amateur refait la tuberculose, et accumule un important retard scolaire. Il devient apprenti électricien automobile, dans un garage où il bossait déjà de temps en temps, tout en aidant sa mère à faire des ménages. Mais le virus des planches est bien là et, tout en combinant boulot et Académie, Cañavate se présente, à 24 ans, au Conservatoire, où il est reçu. Parmi des congénères pas franchement ouvriers, l’étudiant galère pour payer ses études. Mais, rapidement, il sera remarqué par Claude Etienne, qui le fait travailler au Rideau de Bruxelles, au Parc, etc. Cañavate n’arrêtera plus.

 » Mais le théâtre qui me plaisait vraiment, c’était celui qui se faisait au Sainte-Anne, lieu mythique des années 1980, dirigé par Philippe Van Kessel.  » Un Van Kessel qui, un jour, l’appelle pour un remplacement. Il ne le quittera plus, participera aux grands moments du Sainte-Anne ( La Tragédie du vengeur, Les Estivants, etc.) avant de le suivre lorsque celui-ci sera nommé à la direction du National.

Comédien permanent, représentant du personnel, Cañavate passera brillamment, après plusieurs assistanats, à la mise en scène avec l’excellent Gorki-Tchekhov.  » Est-ce dû à mes origines ? conclut-il, je n’oublie jamais que, chaque jour, j’ai une chance inouïe d’exercer ce métier.  »

E.M.

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