Rédacteur en chef adjoint au Vif © National

Aider l’Ukraine à ne pas perdre la guerre

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Depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine, la question de la cobelligérance des pays qui lui viennent en aide apparaît en filigrane de tout effort de guerre consenti. Elle ne se pose pas en matière de droit international: l’Ukraine étant l’Etat souverain agressé, tout pays est fondé à lui porter assistance au-delà même de ses frontières. Elle se pose en revanche sur le plan politique. En l’occurrence, c’est la Russie, le belligérant agresseur, qui pourrait signifier à un moment donné que l’assistance fournie à son adversaire relève de la cobelligérance.

Les Américains ont décidé dès l’entame du conflit qu’ils n’enverraient aucun soldat en territoire ukrainien. Les Européens, qui n’en avaient pas davantage l’intention mais qui auraient peut-être voulu que l’hypothèse reste théoriquement ouverte pour servir de moyen de dissuasion, ont mis leurs pas dans ceux des Etats-Unis. L’ Otan a prévenu que la moindre extension du conflit dans un de ses pays membres enclencherait l’acti- vation de l’article 5 de sa charte, qui stipule que les partenaires d’un Etat agressé lui doivent automatiquement assistance.

Entre ces deux lignes rouges, il y a tout le flou de la limite entre l’assistance et la cobelligérance. Est-elle franchie quand, distinction invalide pour les spécialistes, à l’envoi d’armes dites défensives succède celui d’armes dites offensives? Quand le concours de services de renseignement permet la mort de généraux ennemis? Quand le montant des aides militaires octroyées commence à atteindre des sommes substantielles? A l’annonce d’une aide supplémentaire de 33 milliards de dollars par les Etats-Unis, dont vingt en matériel militaire, s’ajoutant à une première enveloppe de treize milliards, Vladimir Poutine a averti que si quelqu’un a l’intention de s’ingérer de l’extérieur dans le conflit en Ukraine et de créer des menaces inacceptables pour la Russie, la riposte sera rapide et foudroyante.

Faudrait-il laisser les Ukrainiens se faire massacrer pour préserver notre «bien-être»?

Le conflit impliquant une puissance détentrice de l’arme nucléaire qu’elle n’a pas exclu d’utiliser, il est fondamental de faire preuve d’une extrême prudence. Si certaines déclarations de Joe Biden sur son homologue russe étaient clairement inopportunes, la nouvelle aide qu’il sollicite du Congrès pour Kiev ne l’est absolument pas. Dans le Donbass, c’est à une autre guerre que l’armée ukrainienne est confrontée. Elle y sera plus exposée que lors des combats auxquels elle a dû faire face jusqu’ici à Kiev, à Kharkiv et à Marioupol, dont les Russes ont entrepris de conquérir – à quel prix? – le dernier réduit, l’usine Azovstal, pour pouvoir le présenter comme trophée lors de la célébration, le 9 mai, à Moscou, de l’anniversaire de la victoire contre l’ Allemagne nazie en 1945.

Par crainte du recours à des armes non conventionnelles de la part de la Russie ou des effets d’une guerre longue sur l’économie, certains, dans les milieux académiques ou économiques, mettent en garde contre un «surarmement de l’Ukraine» et vont jusqu’à espérer que la Russie ne perde pas la guerre. Faudrait-il laisser les Ukrainiens se faire massacrer par l’armée d’un dictateur pour préserver notre «bien-être», qui en serait d’autant plus menacé à terme? Il faut au contraire renforcer la capacité de résistance de l’armée ukrainienne pour permettre qu’elle ne perde pas la guerre, ce qui serait une victoire, et que la Russie soit contrainte à une solution négociée. L’ enjeu est crucial pour les Ukrainiens mais aussi pour nous, Européens vivant en démocratie.

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