Affaire Dutroux

Vos articles font preuve de courage car ils vont souvent à l’encontre d’idées reçues de mon (votre?) entourage concernant la pénible affaire Dutroux. ( Le Vif/L’Express du 24/01). (…)

La tristissime « affaire » des enfants-martyrs commence donc en 1995. Et c’est le déferlement quotidien d’informations dans nos journaux, à la télé. Le citoyen est bombardé d’images et on prend tout de suite fait et cause pour les parents confrontés, bousculés scandaleusement par des services de police qui ne font pas dans la dentelle!

Très vite, l’émotion l’emporta souvent sur toute forme de réflexion. Mme Anne Thilly faisait déjà à l’époque l’objet de violentes critiques dans le grand public. Une scène me paraît bien résumer l’ambiance d’alors (et d’aujourd’hui ). A la RTBF, un commentateur interroge un brave quidam qui déclare tout de go que le procureur général de Liège fait mal son travail. Et, à la question qui suit:  » En quoi fait-elle mal son travail? », le brave homme, sincère et convaincu, répond: » Je ne sais pas, mais elle fait mal son travail… »

Alors, en 2003? Les conneries, appelées aussi dysfonctionnements, de la gendarmerie, les affirmations à l’emporte-pièce d’avocaillons en mal de TV, les déclarations de parlementaires indélicats (Ecolos et VLD confondus ), les articles pamphlétaires et accusateurs (sans preuves souvent) de certains journalistes, les certitudes d’un procureur Bourlet qu’on-a-laissé-malgré-tout-aller-jusqu’au-bout, la pénible querelle entre les adeptes d’une approche dogmatique et les tenants d’une enquête factuelle, un sombre inconnu, Georges Frisque, tissant une toile néfaste dans l’ombre, bref, tout ce pataquès médiatico-dramatique a eu pour résultat de déboussoler des millions de gens prêts à s’enflammer comme amadou contre l’injustice, contre la société, contre ce monde pourri… sans trop savoir ce que cela veut dire!

Non, vraiment les parents des enfants-martyrs n’ont pas mérité ça! De toute façon, ce ne sera jamais ter-mi-né pour eux, mais la gueulante médiatique pourrait enfin les laisser en paix, dans le silence de leur solitude.

Car, quelle que soit l’issue du procès, cela ne guérira pas leurs blessures , même si des zones d’ombre pourront, avec ou sans Nihoul, être éclaircies en assises ( peut-être…). Et je vous propose d’apporter à nouveau notre fleur blanche, sans heurts ni cris, ni récupérations, dans un esprit de solidarité retrouvée… Un jour, le silence fera place au fracas des micros et des flashs aveuglants. Vous, les parents des enfants qui avaient nom Ann et Eefje, Julie et Mélissa, vous dont la vie s’est arrêtée tragiquement, vous serez, hélas, toujours seuls face à votre immense chagrin, c’est un fait certain, mais nous ne vous oublierons jamais.

Raymond Vanopstal, Knokke-Heist

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