Accord GDF Suez : pour Ecolo, rien n’est acquis pour 2011

 » Tremblez, messiers d’Electrabel !  » Voici, en résumé, le message de José Daras. L’ex-ministre Ecolo avertit : en cas de retour des verts au gouvernement fédéral en 2011, l’accord noué avec GDF Suez pourrait être remis en cause.

Le Vif/L’Express : Vous étiez ministre wallon de l’Energie en 2003, quand la loi de sortie du nucléaire a été votée. Vous êtes à présent sénateur. N’est-ce pas confortable pour Ecolo de se trouver aujourd’hui dans l’opposition au fédéral ? Vous critiquez le gouvernement sans vous mouiller…

José Daras : Je préférerais être parmi les décideurs. L’accord noué par le gouvernement Van Rompuy avec GDF Suez, en échange de la prolongation des centrales nucléaires, est regrettable. Supposons que cet accord se concrétise : pendant cinq ans, la Belgique recevra environ 230 millions d’euros par an. GDF Suez s’engage également à investir chez nous 500 millions dans les énergies renouvelables. Ce n’est ni une surprise, ni un effort énorme. D’autant que, vu les exigences européennes, tous les producteurs d’électricité vont devoir le faire. L’engagement de GDF Suez en matière d’emploi n’est pas non plus très impressionnant. Nous avons vendu l’avenir énergétique du pays pour 30 deniers.

Si vous aviez été au gouvernement, qu’auriez-vous décidé ?

Certainement pas la prolongation des centrales nucléaires. Mais la captation de la rente d’Electrabel quand même.

Vous croyez vraiment que ces deux objectifs sont conciliables ?

C’est évidemment difficile à dire. Tous les partis semblaient de plus en plus d’accord sur l’idée de capter une partie de cette rente. On aurait pu l’obtenir sans accorder la prolongation des centrales. D’ailleurs, les 250 millions payés par GDF Suez en 2008, c’est ça : la Belgique a capté une partie de la rente, sans contrepartie. Les dirigeants de GDF Suez le contestent. On verra ce que la justice décidera.

Comment imposer à GDF Suez de contribuer au budget de l’Etat, sans aucune contrepartie ?

On peut imaginer plusieurs mécanismes. Electrabel ne paie pas d’impôts, et profite même des intérêts notionnels, via des filiales : cela peut changer. On pourrait aussi élaborer une taxe spécifique sur les sites de production déjà amortis.

Beaucoup jugent bancale la loi de sortie du nucléaire, concoctée par Olivier Deleuze (Ecolo). Elle ne contient pas, ou peu, de dispositions obligeant les électriciens à se tourner vers le renouvelable.

Les responsables d’Electrabel ont été malins. Ils se sont dit : si on n’investit pas dans d’autres sources d’énergie, le gouvernement sera bien obligé de prolonger nos centrales nucléaires.

D’où la question : n’aurait-il pas fallu intégrer dans la loi des mécanismes contraignants ?

Très difficile. Les opérateurs doivent aussi prendre leurs responsabilités, et investir dans de nouveaux outils de production électrique. Pour quelques millions d’euros, Electrabel va remettre trois centrales en état de marche. Pour dix ans, dit-on. Moi, je crains que ce soit pour vingt ans. Une étude commandée par l’ex-ministre allemand de l’Energie aboutit à la conclusion suivante : si on veut que le nucléaire joue un rôle – très modéré – dans la lutte contre l’effet de serre, il faudrait prolonger les centrales actuelles jusqu’à soixante ans. Parce que la construction de nouvelles centrales coûte des fortunes et prend beaucoup de temps. J’ai bien peur que, dans dix ans, les gens de GDF Suez nous disent : tout compte fait, les centrales vont durer soixante ans.

Vous le sentez venir, ce coup-là ?

Ah oui ! Avec tous les risques que cela comporte en matière de sécurité. La loi de janvier 2003 octroyait quarante ans de vie à des centrales prévues pour durer trente ans. A l’heure actuelle, il y a une ou deux centrales dans le monde qui ont dépassé les quarante ans. Nous n’avons aucune expérience de centrales qui ont vécu cinquante ou soixante ans. Mais rien n’est acquis…

Que voulez-vous dire ?

Quand il y a des changements de majorité, les décisions des gouvernements précédents peuvent être revues… Que les patrons de GDF Suez ne croient pas qu’ils vont figer le paysage électrique de la Belgique pour quinze ans !

Si Ecolo entre au gouvernement fédéral en 2011, il exigera le vote d’une nouvelle loi de sortie du nucléaire ?

Je ne vais pas dire maintenant : voilà ce qu’on va décider en 2011. C’est trop tôt. Je dis simplement : si nous entrons dans un gouvernement, les décisions prises aujourd’hui seront réévaluées.

Vous avez critiqué le Forum nucléaire. Pourquoi reprocher aux partisans de l’énergie atomique de faire valoir leurs arguments ?

Leur campagne relève de la propagande pure et simple. Et la propagande, ce n’est pas sympathique, cela va bien au-delà de la publicité. Le Forum nucléaire a conditionné l’opinion publique. Parmi les organisations membres du Forum nucléaire, certaines sont payées par l’Etat, donc il s’agit d’argent public. L’autre source, ce sont tous les citoyens, qui financent cette campagne à travers leurs factures d’électricité. Un scandale… J’ajoute que cette campagne sert essentiellement des intérêts français.

Expliquez.

Electrabel, premier producteur belge d’électricité, se trouve entre les mains de GDF Suez, contrôlé par l’Etat français, à hauteur de 35 %. Le deuxième électricien belge, SPE-Luminus, est détenu majoritairement par le groupe EDF, dont l’Etat français possède 85 % des parts. L’un comme l’autre figurent parmi les financiers du Forum nucléaire. Tout comme Areva, l’un des plus gros producteurs mondiaux d’uranium enrichi, détenu à plus de 90 % par le secteur public français.

Entretien : François Brabant

 » Nous avons vendu l’avenir énergétique du pays pour 30 deniers « 

 » Les responsables d’Electrabel ont été malins « 

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