A La Brise, le malaise est profond

Soraya Ghali
Soraya Ghali Journaliste au Vif/L'Express

L’établissement de Watermael-Boitsfort serait victime de querelles internes. D’aucuns épinglent  » l’immobilisme  » de l’administration dans la baisse des effectifs scolaires.

De justesse ! La Brise vient d’échapper de justesse à la fermeture. La résistance des partis bruxellois, qui tous condamnaient le lock-out, a réussi à fléchir l’exécutif communautaire : d’accord pour un moratoire d’un an, qui rendra une décision en mai 2011. En octobre, l’exécutif, après avoir accordé six mois plus tôt un sursis, avait tranché : La Brise, c’est fini. Motifs : le coût de sa rénovation et les effectifs réduits à moins de 400 élèves. Le sursis avait été justifié par le fait  » que l’athénée demandait une dérogation pour la première fois et qu’il est situé dans une zone dont la population scolaire est en augmentation globale « . Pourquoi de telles tergiversations ? Un proche du dossier glisse cette explication :  » Les Bruxellois ont gueulé. « 

De fait, l’athénée de Watermael-Boitsfort peinait à recruter. Malgré une capacité d’accueil de plus de 700 élèves, il n’en scolarisait à la rentrée 2010 que 328. Cinq ans plus tôt, on en comptait encore 531. Pour freiner l’hémorragie, une classe d’immersion en néerlandais avait été ouverte en 2006. En vain. En 2007 déjà, la Communauté française – pouvoir organisateur de La Brise, soit le patron –  » craint à court terme la menace d’une fermeture « . Sur le terrain, La Brise est le théâtre d’histoires personnelles. Des conflits entre la direction ( NDLR : entrée en fonction à la rentrée 2003) et enseignants avaient conduit, en mai 2007, le préfet coordinateur de zone à tenter une mission de médiation. En vain, encore.

Climat délétère

En juin 2007, la direction générale diligentait une enquête d’urgence. Les inspecteurs cherchant à objectiver  » les causes de la chute récurrente des effectifs depuis 2004  » et  » les raisons de l’échec important des élèves à tous les niveaux « . Leur rapport, confidentiel, est accablant, entre autres, pour la direction.  » La classe d’immersion reste peu satisfaisante, même si le CE [ NDLR : chef d’établissement] n’est pas resté inactif  » ;  » Le CE ne connaît pas le problème de l’échec scolaire  » ;  » les dossiers scolaires ne sont pas supervisés par la direction « ,  » les absences des élèves du degré supérieur sont gérées de façon désastreuse « . Il conclut :  » Si toutes les difficultés ne sont pas attribuables au CE, le blocage est total entre la direction et son personnel, aggravé par une faible présence du CE. Ce qui est de nature à entraver une reconstruction de l’école.  » Une seconde mission d’enquête, effectuée en janvier et en mars 2008 par d’autres inspecteurs à la demande de la direction, aboutit à des observations identiques.

Des enseignants continuent de dénoncer un climat délétère et le sentiment d’impunité qui gagne certaines classes. Arrêt de travail, appel au PO [pouvoir organisateur] : en juin 2009, une inspectrice est dépêchée pour une mission d’information. Les équipes mobiles interviennent. Le 4 octobre dernier, elles jettent l’éponge.  » Il est important qu’il y ait clarification de valeurs et acceptation de se remettre en cause « , écrivent-elles à l’athénée.

Sollicitée par Le Vif/L’Express, la direction générale refuse de cibler une personne. Elle se contente de répondre que  » La Brise cumule d’autres handicaps, dont les bâtiments vétustes [ NDLR : en attente de rénovation depuis plusieurs années] qui ont pu faire effet de repoussoirs auprès de parents « . Sans plus de précision. Au cabinet Simonet, en off, on dit avoir connaissance de difficultés internes, avant d’insister sur  » le travail de redressement entamé par la directrice faisant fonction, la directrice contestée étant en congé de maladie  » [NDLR : depuis septembre 2010].

Jusqu’à ce jour, ladite directrice est maintenue à son poste. D’aucuns accusent alors sa hiérarchie de faire la sourde oreille et soupçonnent la direction de bénéficier d’un  » piston politique « . Ils pointent, en tout cas, l’immobilisme de l’autorité administrative, qui  » a refusé de crever l’abcès « . L’administration a-t-elle vraiment failli ?

Reste qu’il va falloir accroître le nombre d’élèves. Là est bien le défi.

SORAYA GHALI

LA DIRECTION SOUPÇONNÉE DE BÉNÉFICIER D’UN  » PISTON POLITIQUE « 

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