A la bonne heure !

Notre planète ne tournant pas toujours très rond, cette année 2005 comptera une seconde de plus. Pour que tous les temps concordent

Ô temps, suspends ton vol…  » Ce sera le 31 décembre, le soir du réveillon. A minuit très exactement. Ce jour-là, et pour la première fois depuis sept ans, les aiguilles de la Grande Horloge du temps stopperont un bref instant leur course immuable. Cette année, exceptionnellement, la toute dernière minute de 2005 durera, en effet, 61 secondes. La raison de ce bégaiement temporel ? En juillet dernier, le Service international de la rotation terrestre (IERS) a décrété l’ajout d’une  » seconde intercalaire  » aux 31 556 926 habituelles. Une décision qui, selon les experts de cette organisation basée à l’Observatoire de Paris, serait motivée par une constatation pour le moins surprenante : notre planète ne tourne pas toujours très rond !

Adieu clepsydres, pendules et autres cadrans solaires. Pour les gardiens du temps, ces appareils ne sont plus bons qu’à occuper les étagères des musées. Depuis les années 1950, les spécialistes disposent d’instruments autrement performants pour déterminer l’heure qu’il est. Des  » horloges atomiques  » si précises qu’elles ne dérivent que d’une seconde tous les 50 millions d’années ! Grâce à un réseau de 250 de ces appareils répartis à travers le monde, le Bureau international des poids et mesures (BIPM), installé à Sèvres (Hauts-de-Seine), délivre ainsi le  » temps atomique international  » (TAI), sur lequel est fondé le  » temps universel coordonné  » (UTC), l’étalon de l’heure française et de l’horloge parlante.

Problème : ces deux temps ne représentent pas tout à fait la même chose. Si le premier est calculé à l’aide de machines, le second, utilisé dans la vie courante, doit permettre de nous repérer dans les cycles des levers et des couchers de soleil. Or les astronomes sont catégoriques : la durée du jour varie ! Sous l’influence des marées dues à la Lune, notre planète perd de l’énergie et ralentit sa rotation sur elle- même. Une dérive minuscule, mais suffisante pour engendrer un décalage entre les heures TAI et UTC. Et nécessiter, de temps à autre, un ajustement…

C’est au 22e repositionnement de ce genre que procéderont les scientifiques le 31 décembre à minuit, temps universel (1 heure du matin, heure belge). Ce recadrage pourrait d’ailleurs être le dernier de l’Histoire. L’Union internationale des télécommunications (UIT) doit examiner, en août 2006, une motion très controversée visant à mettre fin à l’usage de la  » seconde intercalaire « . Un groupe de scientifiques américains affirme en effet que ce  » saut  » pourrait, un jour, être à l’origine de perturbations dans le signal GPS.

Vahé Ter Minassian

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