A film ouvert

Le Vif

Un recueil d’entretiens avec le réalisateur d’On connaît la chanson, un essai sur le camp et un autre sur les nouveaux flux d’images: le cinéma se décline en livres.

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Spécialiste d’Alain Resnais, à qui il a consacré plusieurs ouvrages ainsi qu’un documentaire sur la genèse d’On connaît la chanson, François Thomas en a aussi été l’interlocuteur privilégié pour la revue Positif pendant trente ans, rencontrant le cinéaste à la sortie de chacun de ses films de L’Amour à mort à Aimer, boire et chanter. A l’occasion du centenaire du réalisateur, un livre réunit ces entretiens, augmentés d’inédits – une conversation autour de I Want to Go Home, et une autre autour de Gershwin, tourné en 1992 dans le cadre d’une encyclopédie audiovisuelle inachevée –, et de deux interviews thématiques, l’une sur la bande dessinée, et l’autre sur le théâtre.

Repartir de zéro

Eclairant, cet ouvrage l’est à plus d’un titre. Resnais y partage généreusement son processus créatif, qu’il s’étende sur la genèse de ses films, dévoile ses secrets de fabrication ou parle de la recherche de nouvelles formes. S’effaçant, au besoin, devant ses collaborateurs – «Si ça ne tenait qu’à moi, je signerais la mise en scène [Renato] Berta-Resnais», dit-il par exemple au sujet de Smoking et No Smoking. Et ne manquant aucune occasion de saluer ses acteurs – la période prise en considération est celle où il s’entoure d’une troupe, les Sabine Azéma, Pierre Arditi ou autres André Dussollier – , fort aussi de son éphémère expérience de la scène: «Avoir été un peu comédien m’a beaucoup servi comme metteur en scène», observe-t-il.

Le chapitre consacré à la bande dessinée n’est pas le moins captivant. Resnais y revient sur son admiration précoce pour les maîtres américains, à une époque où «c’était une littérature de catacombes», signe d’une curiosité jamais prise en défaut. Si l’on mentionnera pour l’anecdote que Mandrake servit de mot de passe sur L’Année dernière à Marienbad, Giorgio Albertazzi, Delphine Seyrig et le réalisateur s’y référant pour certaines scènes, il s’attarde aussi sur sa collaboration avec Stan Lee, dont un projet Spider-Man envisagé dès 1974, bien avant que Sam Raimi ne donne au personnage ses lettres de noblesse cinématographiques.

En conclusion de l’entretien consacré en 2009 aux Herbes folles, François Thomas demande à Alain Resnais si, cinquante ans après son premier long métrage, il considérait avoir fait des progrès comme metteur en scène: «Non, pas du tout. Chaque film pose les problèmes que pose un premier film. Je repars chaque fois de zéro, et peut-être même que le trac et l’inquiétude augmentent à mesure.» L’une des clés d’une filmographie aussi aventureuse que passionnante, dans laquelle cet ouvrage invite à se replonger séance tenante.

ENTRETIENS

Trente ans avec Alain Resnais

De François Thomas, éditions Les Impressions Nouvelles, 288 pages.

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