A deux, c’est mieux

En gagnant le championnat du double messieurs à Roland-Garros, Xavier Malisse et Olivier Rochus ont redoré le blason d’une catégorie souvent délaissée par les télévisions, mais populaire chez les amateurs. Ils ont aussi, et surtout, rappelé la convivialité du tennis

Deux Belges en finale à Roland-Garros ? Même les Français s’y habituent. Cette année, cependant, leur surprise aura été d’une autre nature. Non seulement ce sont nos joueurs masculins qui sont sortis de l’ombre mais ils ont, en outre, remporté tous les deux le trophée. Ensemble.

Dans la foulée de Kim Clysters qui compte 11 titres en double, dont ceux, l’an passé, de Paris et de Wimbledon, Xavier Malisse et Olivier Rochus, désormais respectivement 28e et 30e joueurs mondiaux, ont enfin intéressé le grand public belge, à ces parties à quatre, si populaires pourtant dans les cercles amateurs. Il y a quatre ou cinq ans, les championnes belges émergentes avaient, pour leur part, attiré une attention nouvelle sur la compétition féminine, alors que la popularité du tennis, à l’époque, se nourrissait principalement, chez nous, des exploits de leurs collègues masculins. Les lauréats frais émoulus du double messieurs aux Internationaux de France commençaient déjà à rêver, alors, de monter un jour sur le podium aménagé en hâte au centre du court en fin de parcours.  » Tous les joueurs, amateurs ou professionnels, se focalisent sur leur jeu simple, affirme Julien Hoferlin, entraîneur d’Olivier Rochus. Olivier et Xavier ont d’ailleurs joué le double avec leurs qualités de joueurs de simples, sans tomber dans le piège des spécialistes du double, qui enchaînent systématiquement service et volée. Ils ont ainsi réalisé de grands passing-shots et d’excellents retours de service.  »

Formant une paire à la fois hétéroclite et complémentaire, les nouveaux venus du palmarès parisien ont par ailleurs insisté, à maintes reprises, sur l’aspect amusant et gratifiant, humainement parlant, de leur équipée improvisée. Comme s’il fallait, à l’heure du star-system tennistique, rappeler la convivialité de ce sport pratiqué régulièrement par 75 000 personnes dans la seule partie francophone du pays.

Parmi ceux-là, les amateurs du double se comptent en nombre.  » Les plus âgés apprécient le fait qu’il faille moins courir, indique Julien Hoferlin, tandis que les jeunes y trouvent une opportunité de s’exercer pour les simples « . Les règles, en effet, sont identiques, si ce n’est l’adjonction des couloirs latéraux à l’espace de jeu û l’alternance des services entre comparses, d’un jeu à l’autre, allant de soi. La présence d’un complice dans l’aire d’évolution simplifie parfois les choses, en permettant par exemple au joueur resté en fond de terrain de renvoyer des balles impossibles à toucher pour son collègue en poste au filet. En revanche, elle complique le jeu d’attaque, puisque deux personnes au lieu d’une se préparent à contrer tout envoi de l’adversaire. Un avantage, dans le cas particulier des Belges :  » Olivier, du fond du court, n’a raté presque aucune balle contre deux adversaires au filet, rappelle son entraîneur. C’est sa spécialité et il en a usé allègrement. Le jeu en double permet surtout de mieux supporter la pression, parce que le stress se répartit entre les deux joueurs.  » Ressortent en tout cas de ces parties à quatre des échanges nécessairement inventifs, variés, et rapides, pour des matches en deux sets gagnants, donc plus brefs et rebondissants.

Les associations internationales de tennis ne s’y sont pas trompées, en récompensant les progressions dans le circuit des doubles par des points déterminant le classement mondial. Malgré tout, les championnats en double restaient quelque peu négligés par les télévisions comme par les joueurs au tempérament plus sérieux. En réaction à cet injuste état de fait, l’Association francophone de tennis a pris la décision, en début de saison, de gratifier doublement les matches à quatre dans les compétitions interclubs, pour éviter que les équipes en lisse ne négligent les parties en double après avoir totalisé assez de points en simple. Sans s’en rendre compte, les nouveaux champions belges contribueront sans doute à ce regain de popularité. Pas tellement pour avoir gagné des galons à Paris mais pour avoir, surtout, rappelé le plaisir intense de la convivialité.

Carline Taymans

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