A armes inégales

Avions, chars… Le régime dispose d’un important arsenal fourni par la Russie. Mais, en face, les Occidentaux sont réticents à l’idée de livrer à l’insurrection du matériel sophistiqué.

Après Homs et Damas, Alep. Une fois de plus, la contre-offensive de la dictature a contraint les insurgés à céder du terrain.  » Le rapport des forces est complètement disproportionné, ce ne peut être qu’une guerre de pourrissement, longue et douloureuse « , analyse Jean-François Daguzan, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique.

Les défections d’officiers – une trentaine de généraux – ne doivent pas faire illusion. L’armée, composée en majorité – comme les rebelles – de sunnites, n’a jamais été en première ligne. La défense du régime est assurée principalement par les troupes d’élite des forces de sécurité, recrutées au sein de la minorité alaouite au pouvoir. Elles sont bien entraînées, disposent d’un armement lourd sophistiqué, d’avions et d’hélicoptères de combat. Tout ou presque vient de Russie. Bachar al-Assad peut aussi compter sur l’aide de Téhéran. Si le régime de Damas s’écroulait, l’Iran perdrait son unique tête de pont dans le monde arabe et une bonne partie du terrain gagné, ces dernières années, dans la lutte d’influence qui l’oppose à l’Arabie saoudite.

C’est d’ailleurs dans le but d’affaiblir l’Iran que cette dernière soutient activement la rébellion, de même que le Qatar. Les deux monarchies du Golfe financent les achats d’armes des insurgés. Acquises sur le marché de la contrebande, celles-ci sont ensuite acheminées via la Turquie, le Liban ou l’Irak. Le flux a grossi depuis le début de l’été, mais il s’agit toujours, pour l’essentiel, d’armes légères, fusils et lance-roquettes RPG, souvent d’origine russe. Les officiers de l’Armée syrienne libre pressent les Occidentaux de leur livrer des missiles sol-air et des armes antichars. Sans succès jusqu’ici. Américains, Français et Britanniques veulent éviter de faire du conflit syrien une guerre par procuration entre puissances. Et redoutent de voir des armes sophistiquées tomber entre les mains de djihadistes, voire de terroristes affiliés à Al-Qaeda. Ils n’en sont pas moins confrontés à un dilemme : quelle solution de rechange offrir à l’opposition syrienne, pour lui montrer qu’on ne la laisse pas tomber, alors que les efforts diplomatiques sont au point mort ?

Livraison de  » matériel non létal « 

Pour l’heure, les Occidentaux s’efforcent surtout de valoriser leur action humanitaire. Au début de ce mois, Barack Obama a annoncé une nouvelle enveloppe, de 12 millions de dollars, la France vient de déployer un groupement médico-chirurgical militaire à la frontière jordano-syrienne. Le président américain a par ailleurs autorisé la livraison de  » matériel non létal « , pour l’essentiel des appareils d’écoute et de brouillage des communications. A la fin de juillet, l’agence Reuters révélait la mise en place d’un  » centre nerveux « , officiellement placé sous le contrôle de l’armée turque, mais au sein duquel la CIA serait très active, près de la ville d’Adana à une centaine de kilomètres de la frontière avec la Syrie.

Reste que cette aide est peu visible sur le terrain, où les combattants, impuissants face à l’aviation et à l’artillerie de Bachar al-Assad, doutent sérieusement de la sincérité de l’engagement occidental. Faut-il aller plus loin ?  » Même si on livre des armes à des groupes réputés raisonnables, souligne Thomas Pierret, maître de conférences sur l’islam contemporain à l’université d’Edimbourg et spécialiste de la Syrie, le risque n’est jamais nul de voir une partie d’entre elles au moins échouer dans de mauvaises mains. Mais, en refusant de le faire, on risque d’accroître le poids relatif des plus radicauxà « 

Dominique Lagarde, avec Vincent Hugeux

 » En refusant de livrer des armes [à la rébellion], on risque d’accroître le poids relatif des plus radicaux « 

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