40 ans, et plus toutes ses dents

Certes, le FDF ne pèse plus très lourd dans le paysage électoral, hormis à Bruxelles. Mais, sans lui, la Belgique ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui. Et les francophones s’inclineraient (encore) plus vite devant les revendications flamandes

(1) Sur les origines du FDF, lire Au nom de la Wallonie et de Bruxelles français, de Chantal Kesteloot. Ceges et Editions Complexe, 2004.

Le FDF s’est mis sur son trente et un pour célébrer son quarantième anniversaire : cocktails, célébrations, discours, rien n’aura manqué à la fête organisée à l’hôtel Métropole, dans la capitale, ce mardi 11 mai. Voici donc quarante ans, jour pour jour, que la formation amarante, désormais intégrée au MR, défend le fédéralisme, Bruxelles, les francophones de la périphérie bruxelloise et, plus largement, les intérêts de la Communauté française.

Rétroactes : en octobre 1961 et 1962, le mouvement flamand organise des marches sur Bruxelles, ressenties comme très agressives dans la capitale. Dans la foulée, la législation linguistique de 1963 renforce le bilinguisme dans les communes bruxelloises, fixe définitivement la frontière linguistique et impose à la capitale le carcan des 19 communes. Résultat ? Face aux coups de boutoir du Nord, la nécessité d’un parti défenseur de l’identité francophone fait son chemin dans les esprits. En mai 1964, treize pères fondateurs, issus de tous les horizons politiques et de diverses associations militantes wallonnes et bruxelloises, portent le Front démocratique des Bruxellois francophones (FDBF, devenu rapidement FDF) sur les fonts baptismaux (1). Dès sa première épreuve électorale, aux législatives de 1965, le FDF décroche 4 sièges au Parlement. Ceux-ci passent à 10 en 1971 ! En 1970, pour sa première participation aux élections communales, le FDF devient le premier parti bruxellois, avec 28 % des voix. Il le restera dix années durant.

Avec ses premières expériences gouvernementales (de 1977 à 1980), l’échec du pacte d’Egmont et l’absence d’avancées institutionnelles en faveur de Bruxelles, le parti connaît ses premières déconvenues. En 1981, le nombre de ses parlementaires de 17 à 10. En 1991, il plafonne à 5. Les tensions internes sont vives : en 1983, l’aile libérale quitte le parti, dégoûtée par l’alliance du FDF avec un Rassemblement wallon, jugé trop gauchisant. Peu de temps après, c’est au tour de la tendance socialiste – notamment incarnée par Léon Defosset, l’un des fondateurs du FDF, et par Serge Moureaux – de déserter le navire. En 1989, aux premières élections régionales bruxelloises, le FDF se classe troisième au hit-parade, récoltant autant de voix que toutes les listes flamandes réunies ! Il fait alors son entrée au gouvernement bruxellois, qu’il n’a plus quitté depuis.

Question de survie

Il n’empêche : au niveau fédéral, la question de la survie continue de se poser. Le FDF risque d’être privé de sénateurs, ce qui lui interdirait l’accès au financement public des partis et signerait son arrêt de mort. En 1993, à l’instigation de Jean Gol, il s’associe au PRL, au sein d’une fédération PRL-FDF qui s’ouvrira, un peu plus tard, au MCC de Gérard Deprez, ex-président du PSC. En 2002, l’attelage PRL-FDF-MCC se rebaptise MR (Mouvement réformateur). Au sein de cet ensemble à très large prédominance bleue, le parti bruxellois peine évidemment à exister et, lorsqu’il rue dans les brancards – ce qu’il a fait, par exemple, en janvier 2001, lors du vote de la loi spéciale organisant de nouveaux transferts de compétences aux Régions et aux Communautés -, il provoque la colère de ses mentors libéraux.  » Mais le MR est également bien conscient du fait que le FDF lui permet, à Bruxelles, d’affronter le  »bloc » socialiste la tête haute, souligne Chantal Kesteloot, chercheuse en histoire au centre d’études Guerre et sociétés contemporaines (Ceges). Le vivier MR dans la capitale est constitué, pour un tiers, par les électeurs du FDF : sans cet apport de voix, le MR s’y trouverait en position très inconfortable. Ainsi, dans cette alliance entre le MR et le FDF, chacun y trouve son compte : l’un augmente son importance et donne du fil à retordre au concurrent socialiste, l’autre évite l’abîme.  »

Le FDF reste aussi un précieux barrage aux revendications flamandes : grâce à lui, les francophones résisteront sans doute un peu plus fermement, dans un premier temps en tout cas, à l’exigence nordiste de scission de l’arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Un combat perdu d’avance ? Peut-être. Mais qui le serait plus rapidement encore si, au lendemain des élections régionales du 13 juin prochain, le MR – et, par conséquent, le FDF – se retrouvait dans l’opposition à la Région bruxelloise…

Isabelle Philippon

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content