10. Après la crise, encore la crise ?

Voilà, il est passé à l’acte. Mais il est toujours vivant. Les familles, les proches vont devoir vivre avec l’idée qu’  » il a essayé  » et le soulagement de le savoir en vie. Un séisme vient de les traverser…  » Même ça, je ne suis pas parvenue à le faire « , a dit Julie, en se réveillant après sa tentative de suicide. Pourtant, elle a ressenti un soulagement, comme si son acte avait évacué, pour un temps, l’énorme tension émotionnelle qui l’habitait. Sa famille était là, à côté, dans une des salles des urgences, mobilisée, tétanisée, temporairement sonnée mais, éloignée des conflits qui l’agitaient avant cet acte.

 » Bien souvent, après une tentative de suicide, un réaménagement de l’équilibre familial se produit « , constate le Dr Gernay. Pourtant, fréquemment, on cherche alors  » la  » cause qui aurait motivé cet acte, et qui est d’ailleurs avancée par le suicidaire dans la lecture rétrospective de cet événement. Et on s’arrête là. Tout le monde se concentre sur la rupture sentimentale, le deuil, la perte d’emploi, le harcèlement sexuel qui  » expliquerait tout « . Les risques consistent alors à oublier que l’élément déclenchant n’est qu’une partie de l’explication, de nier des facteurs moins visibles, plus anciens ou trop douloureux, et d’imposer une chape de silence.  » En réalité, une goutte d’eau ne fait déborder un vase que s’il est déjà plein « , rappelle le Dr Gernay. Alors, même si le médecin a assuré  » qu’avec si peu de médicaments, le suicidaire ne risquait rien « , mieux vaut se garder de négliger ou de banaliser un signal si fort, y compris après plusieurs alertes. Tout ne va pas s’arranger nécessairement tout seul ou avec quelques concessions sommaires. Sur 10 personnes qui commettent une tentative de suicide, 1 risque de décéder de mort violente dans les dix ans à venir.

Pour des parents d’un jeune qui a tenté de se tuer, la situation est terrible et le sentiment d’impuissance, immense. Sans compter leur culpabilité.  » Il leur faudra faire le deuil d’être des parents parfaits « , suggère le Dr Gernay. Et ne pas perdre de vue le fait qu’il faut se méfier d’un feu mal éteint : la crise révélée par une tentative de suicide mérite toujours d’être prise au sérieux. Y compris avec de solides remises en cause, et pas seulement de la part de celui qui s’est mis en danger. Le soutien et l’appui de professionnels peuvent donc s’avérer indispensables. Affronter les choses, jusqu’au bout, par la parole, c’est mettre des chances de son côté.

P.G. et Ph.L.

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