Vingt-six mille tonnes de maïs ont quitté Odessa, le 1er août, à bord du Razoni. © getty images

Les céréales ukrainiennes s’exportent à nouveau

Mathieu Colinet Journaliste

Un cargo chargé de céréales a quitté cette semaine le port d’Odessa pour le Liban. Les accords qui ont permis ce premier départ depuis le début de l’offensive russe restent toutefois fragiles. Analyse.

Le contenu intégré souhaite enregistrer et/ou accéder à des informations sur votre appareil. Vous n’avez pas donné l’autorisation de le faire.
Cliquez ici pour autoriser cela de toute façon

Rarement un cargo aura fait l’objet d’autant d’attention. Le Razoni a quitté le port d’Odessa lundi matin avec, dans ses cales, 26 000 tonnes de maïs et, dans son sillage, les espoirs des dirigeants ukrainiens que ce navire, le premier à partir depuis le début de l’offensive russe, sera suivi par beaucoup d’autres. Signe que les exportations de céréales par la mer Noire, cruciales pour l’économie ukrainienne, ont durablement repris et qu’une partie, voire l’entièreté, des 20 à 22 millions de tonnes actuellement dans les silos du pays ont été exportées ?

A ce stade, ce scénario reste toutefois suspendu à beaucoup d’incertitudes. Une partie de celles-ci se reflètent dans les accords signés le 22 juillet à Istanbul par l’Ukraine, la Russie, la Turquie et l’ONU. Les conditions d’exportation des céréales sont strictes: navigation dans des corridors sécurisés, suivi des trajets par Internet et par satellite, inspection des bateaux à Istanbul par un centre de coordination conjointe (CCC) et, surtout, absence d’attaques contre les navires et ports couverts par les accords.

Dans le camp ukrainien, la volonté de la Russie de respecter les accords fait l’objet de nombreuses suspicions. Celles-ci s’appuient sur les efforts entrepris par le Kremlin depuis le début du conflit pour déstabiliser la production et les exportations agricoles ukrainiennes: du blocus de la mer Noire à la stratégie de destruction de champs et de matériel. A cet égard, l’attaque meurtrière subie, le week-end dernier, à Mykolaïv, par le magnat ukrainien des céréales Oleksi Vadatoursky, apporte une illustration de plus.

«On pourrait en conclure que les accords d’Istanbul ne seront pas respectés par la Russie, affirme Nicolas Gosset, chercheur au Centre d’études de sécurité et défense de l’Institut royal supérieur de défense. Je serais toutefois moins catégorique car ils peuvent, me semble-t-il, faciliter également les exportations russes de produits agricoles en convainquant, par exemple, des compagnies maritimes de rejoindre à nouveau les ports russes dans le contexte de messages occidentaux plus favorables. Je vois une deuxième raison: la volonté de la Russie d’afficher sa bonne foi par rapport aux pays frappés par la crise alimentaire. Et peut-être même une troisième: la très forte implication de la Turquie dans les négociations. Ce qui peut, peut-être, convaincre le Kremlin d’éviter de perdre un Etat qui maintient une politique de l’entre-deux.»

Les accords d’Istanbul pourraient faciliter également les exportations russes de produits agricoles.

Dans le contexte de la crise alimentaire actuelle, la reprise des exportations ukrainiennes est scrutée au-delà du continent européen. Et ce, même si ce qui se joue en mer Noire n’aura qu’une influence limitée. «Les 20 à 22 millions de tonnes de céréales de la récolte de 2021 et les 60 millions escomptés en 2022 pèsent peu dans l’ensemble de la production mondiale, note Olivier De Schutter, rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’homme et l’extrême pauvreté. Reste que si les exportations devaient bel et bien reprendre, ce serait un signal pour les marchés où, depuis le printemps, des phénomènes spéculatifs ont porté les prix à des sommets. Cette reprise ne changera évidemment pas tout car d’autres fondamentaux, comme les prix de l’énergie, boostent les prix. Mais elle pourrait les atténuer.»

Partner Content