Le 10 novembre, Donald Trump, entouré de son épouse, Melania (à dr.), de Mitch McConnell, chef de la majorité au Sénat (2e à g.), et de Mike Pence, vice-président élu (à g.), au Capitole, à Washington. © J. ERNST/REUTERS

Trump et les républicains attention, danger !

Entre le nouveau président et le Grand Old Party, les sujets de dissension sont nombreux. Mais le premier ne peut se passer de l’appui du second.

A quelques heures de la clôture du scrutin, le 8 novembre, les membres du Parti républicain faisaient grise mine : toutes les rumeurs accordaient la victoire à Hillary Clinton et les démocrates semblaient sur le point de remporter la majorité au Sénat. Vers minuit, comme dans les contes de fées, tout avait changé : grâce à la victoire de Donald Trump, un ancien démocrate devenu républicain sur le tard, le 45e président des Etats-Unis serait bien issu du Grand Old Party (GOP). Mieux, sa popularité a permis aux républicains de conserver leur majorité au Sénat, tout comme celle, plus confortable, dont ils bénéficient à la Chambre des représentants. Dans quelques mois, nul doute que le président Trump nommera, avec l’accord du Sénat, un conservateur au siège vacant de la Cour suprême. Ce jour-là, les républicains contrôleront donc les trois branches de l’Etat : exécutif, législatif, judiciaire. Seule l’absence d’une majorité des deux tiers au Sénat empêchera le président Trump d’amender la Constitution ! Et pourtant, les relations s’annoncent compliquées entre le GOP et leur nouveau champion. Comme dans les vieux couples, les origines du différend sont multiples. Le parti est profondément divisé sur de nombreux aspects du programme du futur chef de l’Etat. Mais il est surtout en guerre avec lui-même.

Les républicains pensaient avoir réglé leur crise interne il y a quatre ans. A l’époque, tirant les leçons de la défaite de Mitt Romney face à Barack Obama, la direction du GOP avait prôné une ouverture vers les jeunes, les femmes et les minorités, notamment les Latinos. Or, Donald Trump a arraché la nomination de son parti à la surprise générale, lors des primaires, en tournant le dos à cette stratégie. Résultat : il doit sa victoire, le 8 novembre, à un électorat âgé et à une part du vote blanc (lire en page 32), condamné à se réduire sous l’effet des évolutions démographiques en cours. Une base conservatrice et peu solide, d’autant que la société américaine évolue rapidement sur les questions de société, telles que le mariage pour tous ou l’usage du cannabis. Signe des temps, la victoire du candidat républicain doit tout au suffrage universel indirect et au collège des grands électeurs : dans les urnes, la candidate Hillary Clinton a réuni quelque 200 000 voix de plus que son rival.

Les querelles ne se bornent pas aux questions de stratégie électorale. Sur le fond, aussi, le parti est divisé quant aux propositions de Donald Trump. Dès son arrivée au pouvoir, le milliardaire entend mettre en oeuvre un vaste et coûteux plan de modernisation des infrastructures, mais le financement de ce projet risque de se heurter à l’opposition des conservateurs fiscaux, qui estiment prioritaire la réduction du déficit fiscal. Or, le futur président, jamais à court d’hyperboles, annonce déjà  » la plus grande suppression d’impôts depuis Reagan « … L’idée de surtaxer les entreprises américaines qui procéderaient à des délocalisations n’est guère mieux accueillie par les républicains. Quant au protectionnisme économique prôné par Trump, il affole un mouvement politique converti depuis des décennies aux vertus du libre-échange.

Agé de 70 ans et peu au fait des arcanes du parti, le futur chef de l’Etat ne peut guère espérer refonder le GOP (mais des membres plus jeunes de son entourage caressent sans doute cet espoir). Afin d’éviter le moindre risque de blocage au Congrès et une déroute aux élections de mi-mandat, dans deux ans, il multiplie les gages aux diverses factions du mouvement. Reince Priebus, président de la plus haute instance du Parti républicain, est ainsi appelé à devenir le chef de cabinet de la Maison-Blanche. Un poste politique entre tous. L’annonce de sa nomination est intervenue le 13 novembre, deux jours après que Mike Pence, le vice-président élu, qui a passé plus d’une décennie au Congrès, a été promu chef de l’équipe chargée de préparer la transition (voir l’encadré à droite).

Voilà des mois que Donald Trump promet aux Américains d' » assécher le marigot  » de Washington. Ayant effectué une OPA hostile sur le Parti républicain, il s’apprête à découvrir que le marécage politique de la capitale fédérale est aussi bordé de sables mouvants. Il va devoir compter ses pas.

Par Marc Epstein.

Facebook, pas si Net

Voilà une nouvelle polémique dont se serait bien passé Mark Zuckerberg. Le cofondateur du plus grand réseau social de la planète, Facebook, a dû prendre la plume pour se défendre d’avoir fait le jeu de Donald Trump durant les élections. Accusé d’avoir laissé se propager de fausses informations, comme celle annonçant le soutien du pape François au candidat républicain, le milliardaire a répondu : « Parmi tous les contenus présents sur Facebook, plus de 99 % de ce que voient les gens est authentique […]. Les « canulars » qui existent ne sont pas limités à un seul camp ou même à la politique. » Le dirigeant promet des améliorations techniques afin de limiter la désinformation, même si « identifier la « vérité » est compliqué ».

E. Pa.

A droite toute !
Deux membres de l'équipe de transition du nouveau président : Chris Christie, gouverneur du New Jersey (à dr.), et Rudy Giuliani, ancien maire de New York (à g.)
Deux membres de l’équipe de transition du nouveau président : Chris Christie, gouverneur du New Jersey (à dr.), et Rudy Giuliani, ancien maire de New York (à g.)© REUTERS

Durant la campagne, Donald Trump se tenait à l’écart de son équipe de transition – par superstition, dit-on. Composée désormais de 23 membres, c’est elle qui est chargée de mettre sur pied son gouvernement, d’ici au 20 janvier, jour de l’investiture. La direction en revient au vice-président élu, Mike Pence, 57 ans, gouverneur de l’Indiana ; aguerri par un long passage à la Chambre des représentants, il est issu de la droite religieuse conservatrice. Relégué au poste de no 2, Chris Christie, gouverneur du New Jersey, paie sans doute ses ennuis judiciaires : deux de ses conseillers ont été condamnés dans un récent scandale. Parmi les autres membres figurent plusieurs « grands anciens », de la même génération que Donald Trump et qui furent ses soutiens indéfectibles pendant la campagne : Rudy Giuliani, 72 ans, ancien maire de New York, Newt Gingrich, 73 ans, ex-président de la Chambre des représentants, ou encore Jeff Sessions, 69 ans, sénateur d’Alabama. Autre particularité : trois enfants de Donald Trump – Ivanka (la seule femme !), Donald Jr et Eric – ainsi que son gendre Jared Kushner, très actifs au sein de l’ex-équipe de campagne, ont rejoint le groupe. C’est aussi le cas de Steve Bannon, ex-directeur général de la campagne et ancien responsable d’un site complotiste de la droite extrême, Breitbart News. Ce personnage sulfureux, que plusieurs républicains accusent de racisme et d’antisémitisme, a été nommé conseiller stratégique du futur président.

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