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Syrie : « les manifestants sont torturés par les services de sécurité »

Khaled Sid Mohand, le journaliste algérien, collaborateur de France Culture et du Monde, libéré le 3 mai après trois semaines de détention en Syrie, revient sur les conditions de son arrestation.

Seul journaliste étranger présent à Damas (avec celui de la BBC) avant le début de la répression, l’algérien Khaled Sid Mohand, correspondant de France Culture, est rentré à Paris le 7 mai, après avoir passé trois semaines dans les geôles du régime de Bachar el-Assad. Il témoigne.

« On m’a tendu une embuscade, raconte-t-il. Le 9 avril une jeune femme m’a téléphoné pour me dire qu’elle avait des informations à me remettre. Je l’ai retrouvée une demi-heure plus tard dans un café, où huit responsables des services de sécurité syriens m’attendaient pour m’arrêter. » Les forces de l’ordre ont ensuite perquisitionné son logement, saisi son ordinateur, des disques durs et de nombreux documents.

Trois semaines à l’isolement

Khaled Sid Mohand est alors conduit au quartier général des Moukhabarat (services de renseignements syriens). « Sur le chemin on me maintenait la tête entre les genoux pour m’empêcher de voir où nous allions, explique-t-il. Je n’ai su qu’à ma libération où j’avais été emprisonné. »

Enfermé dans une cellule de « deux mètres sur un, privé de lumière du jour », il n’a aucun contact avec les autres détenus. « Je n’ai pu parler qu’à trois prisonniers en 20 jours, tous étaient psychologiquement et physiquement trop abîmés par la torture pour mener une conversation. »

« Les prisonniers étaient torturés »

« Ils m’ont tabassé les deux premiers jours, mais je n’ai pas subi le sort des autres détenus qui étaient torturés quotidiennement », souligne-t-il. Malgré les sévices corporels infligés aux prisonniers « les conditions d’hygiènes et la nourriture étaient correctes. » « Un médecin passait matin et soir dans les cellules, ils torturaient mais ils étaient en même temps soucieux de notre santé… », ironise-t-il.

Après 15 jours d’incarcération Khaled Sid Mohand s’inquiète. « Les autres prisonniers étaient libérés en moyenne au bout de deux semaines, explique-t-il. Je les voyais partir et moi ils me gardaient plus longtemps. » Finalement libéré et remis par les autorités à l’ambassade d’Algérie le 3 mai, il ignore toujours les raisons de son arrestation.

« Des rafles massives et sanglantes »

A ses yeux le traitement brutal et arbitraire auquel il a été soumis reflète l’incapacité du régime à contrôler la révolte populaire. « La force de ce mouvement de contestation c’est sa spontanéité et son inorganisation, il est insaisissable affirme-t-il. Les autorités syriennes opèrent donc des rafles massives et sanglantes pour tenter de l’arrêter. »

Dans ce climat de terreur, Khaled Sid Mohand ne voit « pour l’instant pas s’issue au conflit. » « Il y a beaucoup de détermination dans les deux camps. Les uns ont la colère, les autres les armes », analyse-t-il.

Par Jules Giraudat, L’Express.fr

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