Opinion

Joseph Ndwaniye

Suivez mon regard de Joseph Ndwaniye: de La Paz à Copacabana (chronique)

Joseph Ndwaniye Infirmier et écrivain.

Spectacle inoubliable. Plus d’oppression, le temps n’existe plus.

« La Paz s’apprivoise« , m’avait déclaré le chauffeur de taxi. Mais comment? Depuis que je suis arrivé, le manque d’oxygène qui m’oppresse m’empêche de profiter de l’hospitalité des habitants. Je tente malgré tout d’aller admirer la ville du point de vue El Alto, perché à plus de 4 000 mètres. Moi qui me targue d’être un sportif, j’en suis réduit à emprunter le téléphérique! « Visite à ne rater sous aucun prétexte », indique le guide touristique. De fait, la vue plongeante sur le centre-ville vaut la peine. Un groupe de femmes vient d’arriver… à pied, à peine essoufflées. Quel est leur secret? « Toi, tu es comme les Brésiliens, me disent-elles en riant, ils se prennent une raclée chaque fois qu’ils viennent jouer au foot ici. Ce n’est pas parce qu’ils ont volé le nom de notre Copacabana qu’ils auront aussi notre résistance! » Votre Copacabana? « Oui, au bord du lac Titicaca. Va là-bas, tu te sentiras mieux. »

Je suis leur conseil et, le lendemain, je prends le premier bus qui peut m’y emmener en quatre heures. Sur le trajet, un ferry nous emporte pour traverser le lac Titicaca au niveau du détroit de Tiquina. Installé sur le pont, j’en profite pour admirer le paysage. Le calme du lac et la qualité de l’air ont un effet immédiat: ma respiration est libérée. Alors que nous étions partis sous la pluie, c’est un soleil radieux qui nous accueille à l’arrivée. Le spectacle est splendide. Bleu profond du lac opposé aux sommets immaculés de la cordillère des Andes. Copacabana, par contre, est plutôt décevant. A la place d’une étendue de sable fin, une rangée de bateaux dont les propriétaires haranguent à grands cris les touristes. Je préfère entrer dans la ville. Une longue file de voitures parées de guirlandes et de chapeaux serpente au milieu d’une foule bruyante. Chacune marque un arrêt devant la basilique. Un prêtre les bénit au nom de la vierge de Copacabana. J’apprendrai qu’elles viennent de tout le pays, et même du Pérou voisin. La protection de la Vierge est bien nécessaire sur les routes escarpées. Je me recueille un instant auprès de la vierge avant de rejoindre mon hôtel. De ma fenêtre, la vue plonge sur la baie qui serpente au pied des montagnes. Le spectacle est bien plus agréable qu’au port.

Je me sens tellement mieux et le panorama promis est si tentant que je décide de monter dès le lendemain au Cerro Calvario, la colline qui domine la ville. A pied. Cette fois, il n’y a pas d’alternative. La réalité me rattrapera en cours de route. Je pense plusieurs fois à rebrousser chemin mais je m’accroche, j’adapte mon rythme. Arrivé au sommet, je suis accueilli par une forte odeur d’encens. Toute une foule est déjà montée pour y déposer des offrandes et effectuer quelques rituels. L’ambiance est au recueillement. Je m’éloigne un peu et vais m’asseoir en tailleur. Le lac et les montagnes brillent de tous leurs feux, embrasés par les rayons du soleil couchant. Spectacle inoubliable. Je m’abandonne, fasciné par cette beauté qui m’est offerte. Plus d’oppression, le temps n’existe plus. A la nuit tombée, le gardien me sort de ma méditation. Je redescends lentement, encore sous le charme du moment. De retour à La Paz, la magie s’est estompée, mais j’emporte le merveilleux souvenir des sympathiques Boliviennes rencontrées à El Alto et de leur précieux conseil. « Tu as déjà visité la mine de Potosi?, me demande le gardien afro-bolivien de l’hôtel. Et les Yungas, Coroico…? » D’autres visites m’attendent, toutes aussi magiques.

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