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Sri Lanka: craignant des représailles, des réfugiés musulmans en fuite

Le Vif

Des centaines de réfugiés musulmans de l’ouest du Sri Lanka se sont abrités dans des mosquées et un poste de police après avoir été menacés à la suite des attentats meurtriers du dimanche de Pâques, ont annoncé jeudi des défenseurs des droits humains.

Des attentats-suicides coordonnés, revendiquées par le groupe jihadiste État islamique (EI), ont fait dimanche au moins 359 morts, dont plus d’une centaine de chrétiens assistant à la messe dans l’église Saint-Sebastien à Negombo, sur la côte ouest de l’île.

Ces attaques ont été condamnées par les représentants de la communauté musulmane au Sri lanka, qui depuis craint des représailles.

Des centaines de musulmans ahmadis — membres d’une communauté messianiste se réclamant de l’islam et apparue en Inde à la fin du 19e siècle — installés à Negombo après avoir fui des persécutions dans leurs pays d’origine ont été expulsés de leurs logements par des propriétaires, selon les autorités.

« Aujourd’hui ces réfugiés sont redevenus des réfugiés au Sri Lanka. Ils ont été déracinés pour la seconde fois », a déploré Ruki Fernando de l’ONG sri-lankaise de défense des droits humains Inform.

Ces réfugiés sont originaires du Pakistan, d’Afghanistan, du Yémen et d’Iran. Dans ces pays, les ahmadis sont régulièrement attaqués par des groupes islamistes extrémistes qui ne les considèrent pas comme des musulmans.

M. Fernando a expliqué que les propriétaires avaient expulsé les réfugiés parce qu’ils craignaient que leurs propriétés soient visées par des groupes cherchant à se venger des attentats.

D’autres réfugiés ont pris la fuite de leur propre chef, inquiets pour leur sécurité.

« Des inconnus sont entrés par effraction dans des maisons à Negombo et ont frappé » les occupants, selon M. Fernando.

D’après lui, environ 700 réfugiés ont cherché asile dans une mosquée de Negombo, ce chiffre demandant à être confirmé. Environ 120 autres étaient confinés dans un poste de police, tandis que plusieurs centaines se sont réfugiés dans une autre mosquée à Gampaha, à 25 km de Negombo.

Des dizaines de musulmans ont embarqué dans des bus pour fuir Negombo mercredi, mais ils ont fait demi-tour après avoir été avertis des risques pour leur sécurité dans la capitale Colombo.

« Les gens ont peur. Ils sont dans une position vulnérable et ne disposent pas des commodités de base », a expliqué Herman Kumar, de Unity for Negombo Citizens, une organisation promouvant la paix entre communautés dans la ville.

Il s’exprimait lors d’une conférence de presse où les représentants des différentes religions du pays ont appelé à l’unité et au calme, dans un contexte de fortes tensions dans l’île.

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