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Semaine de 4 jours: un « succès sans équivoque » dans une entreprise néo-zélandaise

Olivia Lepropre
Olivia Lepropre Journaliste au Vif

La mise en oeuvre d’une semaine de travail de 4 jours, ou de 30 heures, est régulièrement remise au goût du jour par certains mouvements politiques, y compris en Belgique. Après plusieurs expériences en Suède, c’est une entreprise néo-zélandaise qui vient apporter sa pierre à l’édifice. Voici son bilan.

Les 240 employés de l’entreprise néo-zélandaise Perpetual Guardian, une société qui gère les trusts, les testaments et la planification successorale, ont expérimenté la semaine de travail de 4 jours. Andrew Barnes, fondateur de l’entreprise, souhaitait offrir à ses employés un meilleur équilibre travail – vie privée, et les aider à mieux gérer leurs activités professionnelles et personnelles.

Une amélioration globale

Les travailleurs ont été soumis à un nouveau rythme de travail aux mois de mars et avril de cette année. Ils travaillaient donc 8h par jour, durant 4 jours par semaines, tout en étant payés l’équivalent d’un temps-plein, précise The Guardian, qui a pu consulter les conclusions de ce test. Des universitaires ont suivi le processus avant, pendant et après sa mise en oeuvre, en recueillant des données quantitatives et qualitatives.

Jarrod Haar, professeur de gestion de ressources humaines (Auckland University of Technology), a constaté que la satisfaction avait augmenté à tous les niveaux liés au travail et au foyer. Les employés étaient d’ailleurs plus performants dans leur travail et l’appréciaient davantage.

L’équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée, qui reflète la capacité des participants à gérer de concert leurs rôles professionnels et non-professionnels, a également augmenté. En novembre dernier, soit avant l’expérience, 54% des employés croyaient être en mesure d’équilibrer efficacement leurs engagements au travail et à la maison. Après l’expérience, ils étaient 78%.

D’autres critères se sont également vus boostés par l’expérience, poursuit The Guardian : un niveau de stress diminué de 7%, la satisfaction globale de vie augmenté de 5% et une amélioration considérable de l’engagement et du sentiment d’autonomie au travail.

Un essai jugé concluant

Helen Delaney, maitre de conférences (University of Auckland Business School), explique le regain de motivation et d’engagement du personnel par la participation active à la planification de l’expérience. Ils y ont joué un rôle-clé dans la productivité et dans la gestion de la semaine des 4 jours. « Les employés ont conçu un certain nombre d’innovations et d’initiatives pour travailler de manière plus productive et efficace », explique-t-elle.

Une expérience qui s’est donc avérée globalement concluante. Andrew Barnes souhaite d’ailleurs ouvrir une discussion avec son conseil d’administration pour mettre ce genre de système en oeuvre à plus long terme dans la société, conclut The Guardian.

Du côté des pouvoirs publics, Iain Lees-Galloway, le ministre néo-zélandais des relations au travail, trouve ces premiers résultats « très intéressants » et encourage les entreprises à tester ce genre de nouveaux modèles de travail.

Des expériences déjà menées en Suède

Des expériences de réduction du temps de travail se multiplient en Suède depuis plus de 20 ans. Ces tests grandeur nature ont eu lieu tant dans le public que dans le privé, dans des contextes particuliers et selon des modes d’application taillés sur mesure. Il est donc difficile de dresser un bilan, chaque exemple comportant ses spécificités.

Pour les auteurs d’un audit commandé par la maison de retraite de Svartedalen, à Göteborg en 2016, les bienfaits de l’allègement de l’activité sur la santé des personnels et leur ardeur à la tâche ont été parfaitement quantifiables. Au bout d’un an, le sentiment de bien-être des aides-soignantes était de 20% supérieur à celui de leurs collègues d’un autre établissement resté aux 40 heures. Elles consacraient 60% de temps libre en plus à l’exercice physique, leur tension artérielle a diminué, leur masse musculaire augmenté. La commune y a aussi gagné: l’absentéisme a chuté, de sorte à être deux fois moindre que dans d’autres services municipaux.

Une expérience qui peut aussi s’avérer bénéfique dans le privé… à condition qu’elle reste rentable. Il faut en effet de l’argent pour financer ce genre de réforme et l’étendre à divers secteurs d’activité. Les politiciens suédois sont encore aujourd’hui divisés sur la question : les uns y voyant un moyen de réduire les dépenses en allocations de chômage, les autres trouvant que le modèle n’est pas économiquement viable.

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