Des premiers bénévoles de l'appel d'Iriscare sont mobilisés dans des maisons de repos © belga

Scandale Orpea en France: les inquiétantes révélations du rapport d’enquête

Stagiaire Le Vif

Le gouvernement français a mis en ligne, ce mardi, le rapport d’enquête commandé suite au scandale des maisons de retraite Orpea. Le document de plus 500 pages fait état de mauvais traitements des résidents et d’une plus grande préoccupation concernant le profit de l’entreprise que le bien-être des personnes âgées. Voici les points marquants.

Orpea, gestionnaire de maisons de retraite dans une vingtaine de pays dont la Belgique, est dans la tourmente depuis la sortie du livre Les Fossoyeurs du journaliste d’investigation Victor Castanet. Son enquête a divulgué d’importants dysfonctionnements au sein des établissements de la chaîne, et surtout des maltraitances envers les résidents. Le gouvernement français avait alors commandé une investigation à l’Inspection générale des affaires sociales et l’Inspection générale des finances. Ce mardi 5 avril, le rapport est enfin sorti. De plus de 500 pages, l’enquête démarrée en février confirme les accusations du journaliste.

Le manque de personnel se répercute sur la prospérité des résidents

Le rapport, divisé en six parties, traite entre autres de l’accompagnement et de la prise en charge des personnes âgées, qui s’avèrent souvent de mauvaise qualité. Le bien-être des résidents est altéré par un manque de personnel flagrant. Des écarts ont été constatés entre le nombre d’employés réellement présents et ce qui est normalement convenu sur papier.

Ce manque d’effectifs se fait ressentir dans plusieurs aspects de la vie des résidents. La journée n’est plus rythmée par les besoins tels qu’une toilette, la prise d’un repas ou le coucher, mais par le personnel qui est présent pour s’en occuper ou pas. Le groupe défend pourtant que les équipes sont renforcées lors des « moments clés de la journée ». Ce n’est pas ce que l’enquête conclut. Faute de soignants disponibles, les toilettes et les couchers peuvent être retardés, ou dans certains cas s’effectuer trop tôt.

Il a été prouvé que le rythme de la journée peut être très différent en fonction des établissements : coucher à 17h chez les uns, à 20h chez les autres, voire parfois au-delà de 22h selon le rapport. Les soignants doivent, dans certains cas, s’occuper de dizaine de personnes le soir, et sont donc amenés à accélérer les mises au lit. C’est aussi le cas pour les toilettes, qui devraient être un moment de détente pour les retraités, mais qui dans les faits s’apparentent plutôt à une course contre la montre. Dans la plupart des maisons de repos qui ont fait l’objet d’une enquête, les personnes âgées n’ont droit qu’à une douche par semaine, sinon doivent se contenter du lavabo pour gagner du temps.

Concernant le rationnement sur les protections (une limite de trois couches par jour), que Victor Castanet avait indiqué dans son livre, l’enquête n’en a pas constaté. Mais elle a quand même pointé du doigt l’inadaptation des tailles et leur mauvaise utilisation, liée à une formation inadéquate du personnel.

Les inspections en charge de l’enquête ont aussi constaté une surcapacité des établissements. Plusieurs établissements ont installé plus de lits que ce qui était autorisé, de manière à accueillir plus de résidents. Une pratique apparemment « connue et pratiquée » par les dirigeants régionaux, qui ne semblent pas prêter attention aux conséquences que cela peut avoir sur les résidents et les soignants. D’autant plus qu’elle ne s’accompagne pas de renforts de personnel. La qualité des soins et d’encadrement est donc fortement impactée.

Trop peu nourris

Une autre révélation du dossier porte sur la quantité des repas donnés aux retraités, qui est systématiquement insuffisante, surtout pour les aliments protéinés. Au-delà de l’apport nutritif, le rapport insiste sur deux points indispensables afin que les résidents se nourrissent à satiété: le repas doit être un moment agréable pour la personne âgée, de manière à « favoriser un régime alimentaire adéquat » et « maintenir une qualité de vie ». Le temps consacré doit aussi être correct. Ces deux variables dépendent directement du personnel, qui doit être en nombre suffisant et ne pas être pressé pour accompagner ou aider le retraité.

Dans certaines institutions, la période entre le repas du soir et celui matin s’est révélée beaucoup trop longue (supérieure aux 12 heures recommandées), en raison d’une prise du dîner très tôt et d’un petit déjeuner tardif. Inversement, certains résidents reçoivent une collation alors qu’ils viennent de terminer leur repas. Selon les chiffres fournis par le groupe Orpea, sur le mois de février 2022, plus de la moitié de leurs résidents présentent une dénutrition modérée ou sévère (52,58 %).

Manque de sincérité dans les comptes budgétaires

Le rapport d’enquête révèle qu’entre 2017 et 2020, le groupe Orpea a reçu presque 30 millions d’euros de « forfait soins » (financé par la sécurité sociale) en plus. Durant cette même période,L’entreprise a réalisé 20 millions d’euros d’excédents sur les apports publics destinés aux soins et à la dépendance des personnes âgées. Si cet argent devait, en principe, être injecté dans les salaires du personnel ou utilisé pour l’achat de matériel médical, il n’en est rien. « Au total, les rémunérations brutes des personnels financés par le forfait soins ont augmenté de 8 % sur la période 2017-2020 alors que le forfait lui-même augmentait de 12 % » peut-on lire dans le document. La société a conservé cet excédent, sans que l’on sache à quoi il a été destiné. Les auteurs du rapport regrettent le manque de sincérité des comptes d’Orpea, et notamment sur l’utilisation de ces surplus. Mais cette enquête révèle surtout que le groupe privé semble plus préoccupé par ses recettes financières que par le bien-être de ses résidents.

Sarah Duchêne

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