Le Kurdistan iranien, d’où était originaire Mahsa Amini, est un des principaux foyers de la contestation contre le pouvoir. © belga image

Révolte en Iran : la convergence des luttes

Gérald Papy
Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

La contestation ravive des revendications régionales au Kurdistan et au Sistan-et-Baloutchistan. Le pouvoir y répond par la violence armée ou le dialogue. Sans succès.

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L’ONU a publiquement dénoncé, le 22 novembre, «le durcissement de la répression» exercée par le pouvoir iranien à l’encontre des manifestants qui, depuis plus de deux mois, appellent à la fin du régime après la mort de Mahsa Amini. Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, l’ Autrichien Volker Türk, a parlé de «force inutile et disproportionnée» pour qualifier les méthodes de l’appareil répressif iranien.

L’analyse des chiffres fournis par l’ONU sur le bilan des victimes recensées depuis l’entame des protestations en septembre révèle quelques tendances éloquentes. L’ étendue du mouvement à travers le pays est accréditée par la répartition géographique des personnes décédées. Elles proviennent de 25 des 31 provinces de l’Iran. Autre donnée significative: sur les plus de trois cents opposants tués du fait de la répression, cent ont été rapportées dans la seule province du Sistan-et-Baloutchistan, située au sud-est du pays, à la frontière avec le Pakistan. Cette statistique met en évidence une réalité moins connue de la contestation en Iran. Elle agrège aussi des oppositions locales dans des régions qui ont souvent été délaissées par le pouvoir central et où vivent d’importantes minorités.

Nous sommes pour l’interaction et le dialogue, pas pour la compromission.

Le mouvement a débuté au Kurdistan iranien, au nord-ouest du pays. Logique, Mahsa Amini, tuée à Téhéran le 16 septembre à l’âge de 22 ans, était originaire de cette région. C’est à l’issue de ses funérailles, quelques jours plus tard, que les premières protestations ont émergé. Elles sont restées très vives dans cette province. Accusant sans réelles preuves les partis kurdes iraniens d’attiser la contestation, l’armée iranienne a mené des attaques de «représailles» qui ont visé principalement le Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI) jusque dans ses repaires dans les montagnes du nord-est de l’Irak. Le PDKI, fondé en 1945, revendique l’instauration de la démocratie en Iran et une autonomie pour le Kurdistan iranien.

Vendredi noir

Le Sistan-et-Balouchistan, on l’a vu à travers le chiffre des décès, est l’autre foyer majeur d’agitation observé dans les provinces reculées en écho à la révolte au nom de la liberté des femmes. Dans la seule journée du 30 septembre, 93 manifestants avaient été tués par les forces de l’ordre dans la ville de Zahedan, chef-lieu de la province.

Résultat: une indignation et une colère auxquelles celui qui est considéré comme le chef spirituel des Baloutches, Molavi Abdolhamid, a réagi en critiquant vertement les autorités de Téhéran. «Nous sommes pour l’interaction et le dialogue, pas pour la compromission», a lancé le dignitaire religieux dans son prêche lors de la prière du vendredi, le 18 novembre. Le même homme avait pourtant soutenu la candidature du futur président Ebrahim Raïssi lors de l’élection de 2021. Téhéran a envoyé une délégation à Zahedan début novembre pour apaiser les tensions. En vain. Preuve que le pouvoir n’est pas aussi serein qu’il en donne l’image.

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