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Quel sort la Russie réserve-t-elle aux soldats ukrainiens d’Azovstal?

Le Vif

Plusieurs centaines de soldats ukrainiens qui résistaient dans le complexe sidérurgique d’Azovstal à Marioupol se sont rendus aux forces russes cette semaine. Leur sort semble très incertain.

Retranchés dans ce gigantesque complexe sidérurgique, ces militaires ukrainiens, essentiellement des membres du régiment nationaliste Azov, se sont rendus après plusieurs semaines de siège et d’intenses bombardements. D’après le ministère russe de la Défense, 1,730 militaires ukrainiens se sont rendus et ont été emmenés vers des territoires ukrainiens contrôlés par les forces russes et prorusses.

« Au cours des 24 dernières heures, 771 combattants du régiment nationaliste Azov se sont rendus sur le site sidérurgique d’Azovstal à Marioupol. Au total depuis le 16 mai, 1.730 combattants, dont 80 blessés, se sont constitués prisonniers », indique le ministère dans un communiqué.

Le ministère a diffusé une vidéo montrant des militaires sortant du site sidérurgique et se faisant contrôler par des soldats russes avant de monter dans des bus. Parmi les Ukrainiens, certains sont blessés et certains marchent avec des béquilles.

Les autorités ukrainiennes veulent organiser un échange de prisonniers de guerre, mais les autorités russes ont indiqué à maintes reprises qu’elles considéraient au moins une partie d’entre eux non pas comme des soldats, mais comme des combattants néonazis.

« Criminels de guerre  » et « nationalistes »

Mercredi, alors que 959 soldats s’étaient déjà rendus, le dirigeant séparatiste prorusse Denis Pouchiline avait affirmé qu’il y avait initialement « plus de 2.000 personnes » dans l’aciérie. Il avait précisé que les commandants ne s’étaient pour leur part pas encore rendus. Selon lui, il revient au « tribunal » désormais de décider du sort des « criminels de guerre » et des « nationalistes ».

En résistant dans l’aciérie, les défenseurs de Marioupol ont immobilisé des milliers de militaires russes, ceux-ci n’ayant pu en conséquence être déployés ailleurs, et les ont empêchés de s’emparer de Zaporijjia, à 220 km au nord-ouest, selon un communiqué qui conclut : « Ils sont à jamais dans l’histoire ».

Pour des habitants de Kiev, il est difficile de croire qu’ils seront traités humainement en captivité. « Hier, j’ai entendu à la télévision russe (…) qu’ils pourraient les tuer parce qu’ils pensent que ce sont des nazis. J’ai peur », confie Oleksandre Guerassymenko, un étudiant de 23 ans.

Des « surhommes »

« Je n’arrive même pas à imaginer comment ils ont fait. Pour moi, il y a les gens normaux, puis il y a ces gars-là », affirme à l’AFP Maxime Maliovany, un décorateur de 23 ans vivant dans la capitale ukrainienne, qui souligne leur courage et leur endurance. Andriï, 37 ans, pense pour sa part que les défenseurs de Marioupol étaient des « surhommes ».

« C’était une forteresse » défendue par « des personnes qui ont réussi des choses impossibles », ajoute-t-il à propos du site d’Azovstal dans lequel ils étaient retranchés, tout en appelant les autres pays à faire pression pour que ces soldats soient rendus à l’Ukraine. »Il n’y a pas d’autre solution. Leurs vies doivent être sauvées. Certains d’entre eux sont blessés, c’est la seule option », opine Bohdan, 46 ans.

Une avancée pour la Russie

La prise totale de Marioupol, sur la mer d’Azov, constituerait une avancée importante pour la Russie. Elle lui permettrait de relier par voie terrestre la péninsule de Crimée (sud), que Moscou a annexée en 2014, aux parties du Donbass (est) déjà aux mains de séparatistes prorusses.

« Les Russes volent à Marioupol. Les occupants essaient désormais de remettre en ordre le port de commerce pour exporter l’équivalent de millions de dollars de céréales, de produits métallurgiques » notamment, a fait valoir mercredi soir sur Telegram la mairie de Marioupol.

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