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Quand ce sont les Indiens qui gagnent

Muriel Lefevre

En Amérique, les Séminoles ont été les seuls des Amérindiens à ne pas se rendre et les premiers à comprendre comment tirer profit de l’envahisseur. Ils sont aujourd’hui à la tête d’un empire.

Peu de gens le savent, mais la franchise Hard Rock appartient à une tribu d’Amérindiens qui vit en Floride. Mais ce n’est pas son seul trésor.

Les Indiens Séminoles sont les descendants d’indigènes déplacés et d’esclaves évadés d’États plus septentrionaux qui se sont mélangés avec les premiers habitants de la Floride. Après avoir vaincu les Espagnols, les Américains vont encore devoir se lancer dans trois guerres pour dompter les Séminoles qui se lancent alors dans une guérilla. Ceux-ci ne se rendront jamais, mais vont devoir se terrer dans les marais. Beaucoup d’entre eux seront capturés et envoyés par la tristement célèbre route des larmes vers l’Oklahoma. Un bastion de 500 Séminoles ne sera néanmoins pas expulsé et sera autorisé à se retirer dans les Everglades, un vaste marais ou l’eau et la terre ne font qu’un. C’est de là qu’ils vont commencer leur nouvelle existence parmi les alligators, mais pas seulement. Leur isolement dans des terres presque inaccessibles va leur permettre de préserver leur culture en chassant et péchant depuis leur canoë-kayak entre les milliers d’îles. Ils devront cependant à nouveau s’adapter lorsque les colons assèchent de vastes régions du sud de la Floride et transforment les marais en prairies. Certains Séminoles vont élever des vaches, d’autres vont vendre des bijoux aux touristes de plus en plus nombreux. Cette option va se révéler particulièrement payante.

La nouvelle tradition « spécial touriste »

« Nous avons fait partie de l’industrie du tourisme très tôt », dit Zepeda, un Séminole dans De Morgen. « On nous regardait comme si nous étions des animaux, mais le tourisme nous a aidés. Les gens nous payaient pour être nous-mêmes. Plus tard, il y a eu la lutte avec des alligators.

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Ce n’était pas une tradition, mais ça l’est devenu. » Et si les canoës sont encore faits de cyprès évidés, on utilise désormais une tronçonneuse. C’est ce que les Indiens du cru appellent la « nouvelle tradition. »

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Ce nouveau folklore est aujourd’hui un business à plusieurs millions de dollars. Chaque année, 200 000 touristes viennent faire un safari ou un tour en aéroglisseur. Il n’y a pas que le tourisme qui les fait vivre.

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La vraie prospérité des Séminoles est basée sur une faille dans la loi. Une faille qui leur permet de ne pas devoir se plier aux règles étatiques. Par exemple celles réglant la vente du tabac ou encore celles concernant les jeux de hasard. Si le tabac a permis dans les années 70 de faire quelques profits, la vente de tabac détaxée dans les « Seminole Smoke Shops » ne constitue plus désormais qu’une infime partie du chiffre d’affaires de la tribu. Ses revenus dépendent aujourd’hui à 90 % de l’industrie du jeu. C’est ainsi qu’ils vont commencer à organiser, dans un premier temps, des bingos. En Floride, une obscure loi permettait en effet seulement à l’Église catholique d’organiser deux fois un modeste bingo. Les Séminoles vont s’en inspirer, mais vont voir les choses en grand. Il y aura des bingos 6 jours par semaine et avec des jackpots beaucoup plus importants. Car les Indiens avaient découvert l’une des pires faiblesses de l’homme blanc : il aime le jeu.

Le jeu, la faiblesse de l’homme blanc

Depuis 1988, la Cour suprême a confirmé que les tribus souveraines n’ont pas à respecter les règles des États et que leurs entreprises de tabac et leurs casinos ne pouvaient être réglementés. De quoi ouvrir un boulevard. Et, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils savent gérer les casinos. Pour preuve, ils ont racheté le Taj Mahal, le casino qui a fait faillite sous Trump, et qui est aujourd’hui à nouveau à flot. Les casinos des Séminoles gagnent à eux seuls 2,3 milliards de dollars par an. D’autres tribus vont emboiter le pas au point qu’on estime aujourd’hui le chiffre d’affaires des casinos amérindiens à environ 30 milliards de dollars. Entrés en 1979 dans l’industrie du jeu, les Séminoles n’envisagent donc pas un retour immédiat à l’élevage.

L’État de Floride et la tribu sont autour d’une table dans l’espoir de finaliser un pacte de partage des revenus et dans lequel les Séminoles donneraient à l’État une somme en échange du droit exclusif d’exploiter certains types de jeux de hasard. Il existe aujourd’hui un accord qui veut qu’en échange de 350 millions par an, la tribu a l' »exclusivité » sur des jeux de cartes, comme le blackjack. Seulement cet accord expire le 31 mai 2019. La reconduction de cet accord n’est pas une évidence dans un contexte d’extrême compétitivité dans le domaine du jeu. Il est fort probable que les Séminoles devront augmenter la mise ou lâcher l’exclusivité sur certains jeux d’argent.

Avec les dollars coulant à foison, une de leur nouvelle tradition est l’industrie hôtelière et les Hard Rock Cafés. Une diversification qui pourrait se révéler indispensable dans le cas où les lois sur le jeu changeraient un jour aux États-Unis. Depuis 2007, et pour quelque 965 millions de dollars, ils sont donc les heureux propriétaires de l’empire Hard Rock.

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Actuellement, Hard Rock International USA Inc est présent dans 75 pays, avec 180 cafés, 24 hôtels et 11 casinos. Une acquisition derrière laquelle se cache James Allen, directeur de Seminoles Gaming et de Hard Rock International. Il n’est pas Séminole, mais voit dans sa participation active à leur prospérité une façon de réparer les injustices qu’ils ont subies.

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La richesse subite amène souvent la décadence

On estime aujourd’hui que les quatre mille membres de la tribu reçoivent au moins 150 000 dollars chacun et ne doivent pratiquement plus travailler. C’est pour cela que la plupart des gens qui travaillent ici sont des blancs employés par la tribu. Avec leurs richesses, les Séminoles sont aujourd’hui en train de construire un bâtiment en forme de guitare de 150 mètres de haut. Une sorte de totem que l’on peut voir de loin et qui propose des chambres à 350 dollars et bien sûr un casino.

La prospérité n’empêche cependant pas l’alcoolisme qui fait aussi ici des ravages. Tout comme la drogue. Quand on devient rapidement trop riche, on se perd souvent dans la décadence et les Séminoles ne font pas de vieux os. Pour tenter d’y remédier, la tribu s’est en partie muée en grande entreprise d’État qui gagne de l’argent pour des services communautaires. On investit aujourd’hui aussi pour pouvoir payer des enseignants et des médecins, ou des installations sportives pour garder les jeunes en bonne santé.

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