Après sept mois d'offensive poussive, le président russe Vladimir Poutine a exacerbé mercredi le conflit en Ukraine, en mobilisant des centaines de milliers d'hommes et en menaçant de recourir à l'arme nucléaire.

Poutine « ne bluffe pas »: qui possède des armes nucléaires et combien? (infographie)

Eglantine Nyssen Journaliste au Vif
Peter Casteels Journaliste freelance pour Knack

Sept mois après le début de la guerre en Ukraine, Vladimir Poutine a menacé de recourir à l’arme nucléaire dans un discours télévisé. Les Etats-Unis prennent la menace « au sérieux ». Un tournant dans le conflit? Ensemble, les deux puissances disposent de 90% des armes nucléaires.

« Nous utiliserons certainement tous les moyens à notre disposition pour protéger la Russie et notre peuple. Ce n’est pas du bluff. » Poutine rappelle constamment à l’Occident que la Russie possède des armes nucléaires, et il n’hésite pas à laisser entendre qu’il est prêt à les utiliser. En réalité, c’est le pays qui possède le plus de têtes nucléaires, un peu plus que les Etats-Unis, selon un décompte de la FAS (The Federation of American Scientists). Aujourd’hui, on estime que les deux pays en possèdent entre 5 000 et 6 000. Toutes ces armes ne sont pas immédiatement prêtes à être utilisées. Certaines sont même prêtes à être détruites en vertu d’accords antérieurs. « Pourtant, les deux pays disposent de suffisamment d’ogives nucléaires prêtes à conduire à un conflit », déclarait au Knack, Tom Sauer, professeur de relations internationales à l’université d’Anvers et spécialiste des armes nucléaires, au début de la guerre en Ukraine.

Pendant la guerre froide et la période qui a suivi, les arsenaux nucléaires ont servi à la dissuasion, ne devant être mobilisés qu’en tout dernier recours. Mais lorsque la Russie a envahi l’Ukraine, la dynamique nucléaire dans le monde a changé, estiment les experts. « Nous sommes entrés dans une nouvelle ère, dans laquelle une nation est ouverte à l’utilisation des armes nucléaires, contrairement à la doctrine de la guerre froide », selon Kim Jong-dae de l’Institut Yonsei d’études nord-coréennes.

En parlant de frappes préventives « automatiques » et du déploiement d’armes nucléaires tactiques, la nouvelle politique de Pyongyang « traduit la réponse de M. Kim à l’évolution de la dynamique nucléaire dans le monde », observe-t-il.

Les Etats-Unis jouent également un rôle dans cette nouvelle dynamique, ajoute l’expert qui souligne le développement rapide des armes nucléaires tactiques – plus réduites, conçues pour être utilisées sur le champ de bataille – sous le mandat de Donald Trump. « La Chine mène un développement nucléaire militaire sans précédent et inquiétant sans aucune transparence », a par ailleurs dénoncé Joe Biden ce mercredi devant l’Onu.

De quelles armes s’agit-il?

Les armes nucléaires se présentent sous de nombreuses formes et tailles. Il existe de nombreuses différences entre les dégâts que peuvent causer les différents types de bombes. La distinction la plus importante est celle entre les bombes atomiques « ordinaires » et les bombes thermonucléaires. La première est une bombe beaucoup plus petite et plus légère qui fait également moins de dégâts. Les bombes thermonucléaires, souvent appelées bombes à hydrogène ou bombes H, sont des armes nucléaires qui obtiennent leur puissance explosive extrême grâce au processus de fusion nucléaire. Ces bombes ont le potentiel de faire beaucoup plus de dégâts qu’une bombe atomique sans fusion.

Une autre différence importante réside dans les objectifs pour lesquels elles sont utilisées. Les armes nucléaires dites « stratégiques » servent principalement à frapper des cibles stratégiques, telles que des villes, des ports ou des bases militaires. Elles ne sont donc pas utilisées dans des zones de guerre, mais pour frapper d’autres États là où ça fait mal, et pour détruire leurs infrastructures. Les armes nucléaires tactiques sont utilisées sur le champ de bataille. Elles ne sont donc pas utilisées pour une guerre totale de destruction, mais plutôt dans le cadre d’une guerre limitée.

« On pense souvent, à tort, que les armes tactiques font moins de dégâts. C’est faux » , dit Sauer. « Les armes nucléaires tactiques, comme celles de Kleine Brogel dans le Limbourg, peuvent souvent être ajustées. Vous pouvez faire en sorte qu’elles fassent relativement peu de dégâts, mais elles peuvent aussi être dix fois plus puissantes que la bombe lâchée sur Hiroshima à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Jusqu’à présent, aucune arme nucléaire tactique n’a jamais été utilisée. »

Le risque demeure

L’histoire récente de la politique internationale est caractérisée par des rapprochements et des rejets constants dans les négociations sur les armes nucléaires. À la fin des années 1960, il y a eu le traité de non-prolifération. Dans les années 1970, il y a eu les accords SALT, dans les années 1990, il y a eu START 1 et 2 et en 2010, il y a même eu NEW START. Malgré ces tentatives de négociation, la situation n’a cessé de s’envenimer. La détente des années 1970 n’a pu empêcher la Guerre froide de reprendre de plus belle dans les années 1980. Tout comme la situation actuelle n’a pu être évitée par les traités conclus entre la Russie et les États-Unis depuis la chute de l’Union soviétique. Même si des progrès importants sont parfois réalisés au cours de ces négociations, l’épée de Damoclès nucléaire pourrait bientôt être à nouveau suspendue au-dessus de nos têtes.

« Tant que les armes nucléaires existent, le risque demeure », déclare Sauer. « J’ai le sentiment que les gens ont oublié que cette menace existe, alors qu’un seul conflit peut suffire à rendre le sujet à nouveau d’actualité et à nous faire poser des questions que nous aurions dû nous poser il y a 20 ans. »

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