L'Ukraine demande son intégration "sans délai" dans l'UE © belga

Pourquoi l’adhésion rapide de l’Ukraine à l’Union européenne est difficilement envisageable (analyse)

Stagiaire Le Vif

Ce lundi 28 février, le président de l’Ukraine Volodymyr Zelensky a réclamé l’adhésion rapide de son pays à l’Union européenne. Si le dirigeant ukrainien se dit certain que cette adhésion expresse est possible, pour les experts, cet élargissement n’est pas gagné d’avance.

Quatre jours après l’invasion russe de son pays, lundi 28 février, le président Volodymyr Zelensky a réclamé « une intégration sans délai de l’Ukraine à l’Union européenne » via « une nouvelle procédure spéciale ». Le lendemain, ce 1er mars, devant le Parlement de l’Union, le président Ukrainien a demandé aux députés européens de « prouver qu’ils ne vont pas laisser tomber l’Ukraine ». « J’aimerais vous entendre dire que le choix ukrainien, que le choix de l’Europe que nous avons fait, est également le vôtre », a-t-il ajouté. S’il dit être « sûr que c’est possible », un élargissement « sans délai » de l’UE est-il réellement envisageable ?

Ursula von der Leyen semble en tous cas y être favorable. « Ils sont l’un des nôtres et nous souhaitons qu’ils nous rejoignent », a affirmé la présidente de la Commission européenne à Euronews, dimanche dernier. Face à un tel enthousiasme, son homologue du Conseil européen, Charles Michel, se voulait plus réaliste. « Il y a différentes opinions et sensibilités au sein de l’UE sur l’élargissement », a-t-il déclaré.

Une procédure lente et complexe

Il faut dire que la procédure pour élargir l’Union à un nouveau membre n’est pas une mince affaire. L’adhésion nécessite l’accord unanime des 27 Etats-membres. Et Charles Michel a rappelé qu’avant même de sonder les 27, la demande doit être d’abord acceptée par la Commission et le Parlement européen.

Ce qui fait dire à Tanguy De Wilde d’Estmael, professeur de sciences politiques à l’Université catholique de Louvain, que cette adhésion à court-terme est « très certainement impossible », au vu du long processus institutionnel qu’elle représente. « Adhérer à l’Union européenne, c’est partager un destin commun, et donc ouvrir 35 chapitres de négociation. Des harmonisations doivent se faire à plusieurs niveaux : économique, monétaire, judiciaire, de la lutte contre la corruption… », a-t-il souligné.

Agiter le chiffon rouge

Cette adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne reviendrait à « agiter un chiffon rouge » pour la Russie, ajoute le professeur, puisque le traité de l’UE prévoit une « clause de solidarité mutuelle », c’est-à-dire que si un Etat-membre est agressé, les autres pays membres peuvent venir à son secours. « À l’heure actuelle, l’urgence est d’essayer d’obtenir un cessez-le-feu, un retrait, un compromis. Les guerres ne règlent pas les problèmes, elles les transforment », explique Tanguy De Wilde d’Estmael.

Si Charles Michel a d’ailleurs annoncé vouloir « maintenir le fil diplomatique » avec la Russie, le torchon brûle tout de même à petit feu entre l’Europe et la Russie. Ce dimanche 27 février, l’Union européenne a pris une série de mesures inédites dans son histoire : financer l’envoi d’armes en Ukraine à hauteur de 450 millions d’euros. À ce financement, s’ajoute une enveloppe de 50 millions d’euros destinée à des équipements non-militaires, comme le carburant. L’organisation internationale a également décidé de fermer l’espace aérien européen aux avions russes. Enfin, pour contrecarrer « la machine médiatique du Kremlin », l’Union a également banni les médias russes Sputnik et Russia Today.

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Si l’impact de ces mesures n’est pas directement observable, le professeur De Wilde d’Estmael les considère tout de même efficaces. « À terme, ces sanctions vont peser sur le tissu économique russe », assure-t-il. « Mais elles montrent aussi la détermination de l’Union européenne à agir de la sorte si un autre pays devait faire la même chose », conclut Tanguy De Wilde d’Estmael. « L’objectif de telles sanctions est de lancer un signal politique d’unité interne et d’impact sur la scène internationale. »

Emma Grégoire

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