Les tentatives de traversée de la Manche par des migrants depuis le littoral français ont plus que triplé en 2021 par rapport à 2020. Et l'année n'est pas terminée. © BELGA IMAGE

Pacte pour l’Asile et la Migration: la Belgique parmi les États volontaires

Le Vif

La Belgique fait partie de la douzaine de pays de l’UE qui se sont montrés disposés, vendredi lors d’une réunion ministérielle à Luxembourg, à participer à un effort commun d’États membres volontaires pour accueillir des personnes sauvées en Méditerranée, à condition que le mécanisme de répartition de ces demandeurs d’asile soit flexible et tienne compte de la situation de l’accueil au pays, a-t-on appris à bonne source.

Alors que la réforme de la politique migratoire de l’UE est bloquée depuis des années, la présidence française du Conseil de l’UE, qui arrive à son terme fin juin, a engrangé vendredi une avancée sur une première tranche du paquet de propositions du Pacte pour l’Asile et la Migration, présenté par la Commission en septembre 2020. Dans un contexte constructif marqué par la réponse solidaire des Vingt-sept à l’arrivée de réfugiés de guerre d’Ukraine (statut inédit de protection temporaire), elle a initié un mécanisme de répartition des réfugiés, y compris ceux sauvés en Méditerranée, entre États membres volontaires. L’objectif est d’atteindre 10.000 « relocalisations » la première année, selon plusieurs sources européennes.  Les pays qui persistent à refuser ce type de « solidarité humaine » seraient contraints de verser une contribution financière directe aux pays les plus sous pression (comme Italie, Espagne, Grèce ou Malte), ou une contribution en personnel pour la gestion des frontières.

Ce volet « solidarité » est lié à un volet « responsabilité », à travers deux autres propositions du Pacte: l’élargissement d’Eurodac, la base de données biométriques des demandeurs d’asile, et la mise en place d’un nouveau filtrage obligatoire préalable à l’entrée d’un demandeur d’asile dans l’UE. Ces deux règlements ont aussi obtenu le soutien d’une « large majorité », selon la présidence française.

Pour la commissaire européenne aux affaires intérieures Ylva Johansson, la « large majorité » d’États membres qui ont apporté leur soutien à ces trois propositions constitue un « progrès majeur ». Dans les prochains jours, la présidence française et la Commission organiseront une réunion d’une « plateforme de solidarité » pour traduire concrètement cet « accord historique », selon le ministre français Gérald Darmanin.

On est encore toutefois « très loin d’aboutir » sur le Pacte, relativisait un diplomate, tout en saluant la méthode française. Ce qui est sur la table est encore « assez vague », mais des chiffres et des propositions concrètes sont attendus dans les prochains jours. Au moins le Pacte, que l’on disait « mort et enterré », semble-t-il faire désormais l’objet d’une « volonté d’aller de l’avant. »

La Belgique, elle, fait partie de la douzaine d’États membres disposés à participer au projet de mécanisme temporaire de répartition, qui porterait sur une année mais serait renouvelable. Mais comme elle est, à l’instar de ses voisins, un pays prisé par la migration « secondaire » (arrivée de demandeurs d’asile dont la demande a déjà été déposée dans un autre pays de l’UE ou devrait être examinée par un autre pays de l’UE), et comme son réseau d’accueil reste sous pression, elle réclame que le mécanisme soit flexible et tienne compte de la situation de l’accueil au plan national. Difficile par ailleurs pour elle d’avancer sur la relocalisation sans envisager la globalité du Pacte, et à cet égard, « on n’y est pas encore » concernant le screening et Eurodac, des conditions « très fortes » côté belge. Les Pays-Bas ont déjà annoncé qu’ils ne prendraient pas de demandeurs d’asile, indiquant que leur système d’accueil était sous pression. L’Autriche a quant à elle exprimé son hostilité, s’inquiétant « d’un mauvais signal envoyé aux passeurs ». Mais la France, l’Allemagne et l’Italie ont salué une « avancée majeure ».  Les ministres se sont enfin entendus sur la réforme du Code des frontières Schengen pour « mieux protéger les frontières extérieures de l’UE et préserver l’intégrité de notre espace de libre circulation », selon M. Darmanin.

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