Le croiseur Moskva, en mer Méditerranée en 2015. © iStock

Naufrage du navire russe Moskva : le sort de l’équipage toujours incertain

Celine Bouckaert
Celine Bouckaert Journaliste

La nuit du 13 au 14 avril dernier, le navire amiral russe Moskva a été coulé par des missiles ukrainiens. A l’heure actuelle, le sort d’une partie de l’équipage est toujours incertain. Moscou fait état d’un décès, mais il pourrait y en avoir beaucoup plus.

Le naufrage du Moskva est largement considéré comme une humiliation pour la Russie et sa flotte, et même des commentateurs pro-Kremlin ont réclamé des explications aux autorités. « Nous estimons qu’ils l’ont touché avec deux Neptune », a indiqué un haut responsable américain de la Défense ayant requis l’anonymat, démentant ainsi la version de Moscou qui affirme que son navire amiral sur le théâtre ukrainien a été « gravement endommagé » par un incendie.

« Nous pensons qu’il y a eu des victimes, mais il est difficile d’évaluer combien », a-t-il ajouté, soulignant que les États-Unis ont observé des survivants récupérés par d’autres navires russes dans les parages. La Russie, qui n’a pas officiellement reconnu que le fleuron de sa flotte de la mer Noire avait été coulé par des missiles ukrainiens, a dit que l’équipage avait été évacué.

Vendredi dernier, le ministère russe de la Défense a toutefois reconnu des pertes. « Un militaire a été tué et 27 autres membres d’équipage sont portés disparus », a déclaré le ministère, cité par les agences de presse russes, affirmant que les autres personnes se trouvant à bord, au nombre de 396, avaient été évacuées. « Le ministère de la Défense apporte tout le soutien et l’assistance nécessaires aux familles et amis du défunt et des disparus », a-t-il ajouté.

Samedi, le ministère russe de la Défense a publié une vidéo présentée comme montrant une rencontre entre le chef de la marine et les rescapés du Moskva. Cependant, en parallèle, plusieurs témoignages publiés par des médias russophones et sur les réseaux sociaux ces derniers jours ont fait état de marins portés disparus, dont de très jeunes hommes effectuant leur service militaire.

200 jeunes hommes victimes de brûlures

Un homme vivant en Crimée, Dmitri Chkrebets, se présentant comme le père d’un disparu, a ainsi publié dimanche soir un message sur le réseau social Vkontakte où il demande pourquoi son fils, un appelé, se trouvait dans une zone de combat. Désespérés, Shkrebets et sa femme se sont rendus à l’hôpital militaire de Sébastopol pour chercher leur enfant, écrit le quotidien De Morgen. La mère du jeune disparu a déclaré plus tard au média russe indépendant Proekt qu’ils avaient vu environ deux cents jeunes hommes là-bas, tous allongés sur des lits d’hôpital avec des brûlures.

« Nous avons examiné chaque enfant brûlé », se souvient-elle. « Je ne peux pas vous dire à quel point c’est difficile, mais je n’ai pas trouvé mon enfant. Il n’y avait que deux cents personnes, et il y en avait plus de cinq cents sur le croiseur. Où sont les autres ? » Une femme, Ioulia Tsyvova, a également affirmé à plusieurs médias que son fils manquait à l’appel.

Le naufrage du Moskva rappelle celui du sous-marin à propulsion nucléaire Koursk : 12 août 2000, le Koursk, fleuron de la flotte russe du Nord, a coulé lors de manoeuvres en mer de Barents après l’explosion d’une torpille qui a entraîné la destruction du stock entier, tuant une grande majorité des 118 marins à bord.

Vladimir Poutine n’avait pas interrompu ses vacances au bord de la Mer noire pour autant, et l’opération de sauvetage internationale n’a débuté que huit jours plus tard, retardée en grande partie par les réticences de Moscou à accepter l’aide occidentale. Lorsque, le 21, les plongeurs norvégiens sont enfin parvenus à ouvrir le sas, il était trop tard pour sauver les 23 marins qui avaient survécu à l’explosion.

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