Jens Stoltenberg © Reuters

Mer d’Azov: l’Otan met en garde Moscou

Le Vif

L’Otan a dénoncé lundi l’action militaire de la Russie contre l’Ukraine en mer d’Azov et mis en garde Moscou contre les conséquences de ses actions si aucune mesure n’est prise pour apaiser les tensions avec Kiev.

« La Russie a utilisé directement la force militaire contre l’Ukraine. Ce qui s’est passé hier est très grave », a déploré le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg à l’issue d’une réunion des ambassadeurs des pays de l’Alliance pour un conseil Otan-Ukraine organisé à la demande de Kiev.

« Tout doit être mis en oeuvre pour éviter que la situation ne devienne plus dangereuse », a-t-il insisté.

« La Russie doit comprendre que ses actions auront des conséquences », a-t-il averti. Mais Jens Stoltenberg a refusé de dire quelle actions concrètes l’Otan pourrait mettre en oeuvre. Il a simplement rappelé les sanctions économiques infligées par les Alliés à la Russie depuis l’annexion de la Crimée en 2014 et son rôle dans la guerre dans l’Est de l’Ukraine.

« Nous cherchons un apaisement des tensions et nous voulons une solution politique négociée », a-t-il insisté. L’Allemagne et la France ont proposé une médiation.

L’Union européenne a réuni lundi son Comité politique et de Sécurité (COPS) pour faire un point de la situation et une nouvelle réunion est prévue mardi matin, a-t-on appris de source diplomatique européenne.

Jens Stoltenberg a demandé à la Russie de relâcher les navires ukrainiens et leurs équipages pour aider à apaiser les tensions.

Il a reconnu ne pas être parvenu à dissuader le président ukrainien Petro Porochenko de déclarer la loi martiale. « J’ai parlé avec le président Porochenko et il m’a assuré que l’instauration de la loi martiale n’aurait aucune incidence pour l’élection présidentielle en Ukraine (attendue fin mars 2019) et pour le fonctionnement démocratique des institutions. C’est important pour l’Otan », a-t-il souligné.

« Moscou lance la nouvelle étape de son agression contre Kiev »

« En attaquant des vedettes militaires ukrainiennes, elle a lancé une nouvelle étape de son agression », a déclaré M. Porochenko dans une adresse télévisée à la Nation, dénonçant « la participation ouverte et arrogante des troupes régulières russes » à cette « attaque ».

« Les informations des services de renseignement montrent la menace extrêmement élevée d’une opération terrestre contre l’Ukraine », a soutenu le chef de l’Etat pour expliquer la nécessité d’introduire la loi martiale dans le pays.

 Porochenko
Porochenko© Reuters

Le parlement ukrainien doit se prononcer lundi lors d’une session extraordinaire sur un projet de loi en ce sens soumis par le président, qui propose d’appliquer cette mesure à partir de jeudi pour 30 jours. Il avait auparavant évoqué une durée de 60 jours.

« Nous devons renforcer notre défense dès maintenant pour réagir le plus vite possible en cas d’invasion » de la part de notre « voisin agressif et déséquilibré », a encore argué M. Porochenko.

– Accès à la mer d’Azov –

Les incidents ont commencé quand la petite flottille ukrainienne a tenté d’entrer depuis la mer Noire dans le détroit de Kertch, séparant la Crimée annexée de la Russie et marquant l’accès à la mer d’Azov.

Selon Kiev, des bateaux russes ont percuté le remorqueur ukrainien puis bloqué l’accès à la mer d’Azov, partagée entre la Russie et l’Ukraine et proche des territoires séparatistes pro-russes. Moscou assure pour sa part que les navires avaient pénétré dans les eaux territoriales russes et ne répondaient pas à ses injonctions.

Mais ces incidents ne sont que la dernière étape d’une lente montée des tensions autour du détroit de Kertch, dont la Russie revendique le contrôle depuis l’annexion de la Crimée. Moscou a d’ailleurs construit un pont reliant la Russie et la péninsule, inauguré en grande pompe par Vladimir Poutine en mai.

Kiev et les Occidentaux ont régulièrement accusé ces derniers mois la Russie d' »entraver » délibérément la navigation des navires commerciaux entre la mer Noire et la mer d’Azov.

Immédiatement après les incidents, plusieurs centaines de personnes ont protesté contre les agissements de la Russie dans plusieurs villes d’Ukraine. A Kiev, un millier de militants nationalistes se sont rassemblés en centre-ville lundi, lançant des fumigènes.

Plusieurs dizaines d’Ukrainiens ont aussi protesté devant l’ambassade russe dans la nuit de dimanche à lundi et selon les médias locaux, une voiture appartenant à un diplomate russe a été brûlée.

C’est un nouvel épisode de la crise russo-ukrainienne, commencée avec le soulèvement pro-européen du Maïdan qui a débouché sur la fuite en Russie du président prorusse Viktor Ianoukovitch et sa destitution en février 2014.

Un mois plus tard, la Russie annexait la péninsule ukrainienne de Crimée et en avril de la même année, un conflit armé entre Kiev et les séparatistes prorusses éclatait dans l’est de l’Ukraine, faisant depuis plus de 10.000 morts.

Kiev et l’Occident accusent la Russie de soutenir militairement les séparatistes, ce que Moscou nie farouchement. Les pays occidentaux ont imposé des sanctions économiques à la Russie pour l’annexion de la Crimée et son rôle dans la guerre dans l’Est de l’Ukraine, Moscou répliquant avec ses propres sanctions économiques.

Berlin propose une médiation franco-allemande

L’Allemagne et la France pourraient jouer les médiateurs entre l’Ukraine et la Russie pour éviter que les tensions entre ces deux pays ne dégénèrent en une « crise grave », a déclaré lundi à Madrid le ministre allemand des Affaires étrangères.

Heiko Maas a précisé qu’à l’occasion d’une réunion prévue de longue date pour lundi à Berlin avec la Russie et l’Ukraine, la France et l’Allemagne allaient « s’efforcer ensemble, et au besoin en tant que médiateurs, d’éviter que ce conflit ne débouche sur une crise grave ».

Les directeurs politiques des Affaires étrangères des quatre pays devaient se retrouver dans la journée dans la capitale allemande, « la première occasion de réunir les parties au conflit », a expliqué M. Maas.

Pour lui, les tensions autour de la Crimée et dans l’est de l’Ukraine « sont un danger pour la sécurité de l’Europe et nous allons tous deux nous engager pour arriver enfin à une solution politique que nous aurions dû trouver depuis longtemps ».

L’Allemagne avait auparavant demandé la restitution des navires et la remise en liberté des marins capturés dimanche par la marine russe en mer d’Azov, située entre l’Ukraine et la Crimée annexée en 2014 par Moscou et qualifié d' »inacceptable » le blocage de cette voie maritime.

La France a également demandé la libération des marins et que les navires saisis soient restitués. « Rien ne paraît justifier cet emploi de la force par la Russie », a déclaré un porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.

Emploi de la force « injustifiable » –

Le Conseil de sécurité de l’Onu tiendra lundi une réunion d’urgence réclamée par les deux pays tandis que l’Otan a annoncé une réunion extraordinaire avec l’Ukraine lundi à Bruxelles.

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a lui condamné sur Twitter « l’usage de la force par la Russie » et des représentants des Etats membres de l’UE ont été convoqués à Bruxelles pour faire « un point de la situation », selon plusieurs sources à l’AFP.

Washington dénonce une action « illégale »

L’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, a dénoncé lundi une action « illégale » de la Russie après la capture ce week-end de navires ukrainiens, soulignant que ce comportement rendait « impossible » une « relation normale » entre Washington et Moscou.

« Comme l’a dit le président de mon pays plusieurs fois, les Etats-Unis sont favorables à une relation normale avec la Russie. Mais des actions illégales comme celle-ci rendent cela impossible », a souligné la diplomate américaine, en appelant la Russie à « relâcher » les navires ukrainiens et leurs équipages.

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Contenu partenaire