"La photo est avant tout une question de lumière. Quand elle est parfaite, la nature se transforme en artiste et nous offre des palettes d'abstraction irréelles. Ce jour-là, le long des étangs du château de La Hulpe, le soleil et le ciel se sont unis, offrant aux arbres l'occasion de jeter leurs reflets d'automne dans l'eau pour y créer des tableaux impressionnistes."

L’invitation au voyage de Benoît Feron (photos)

Michel Verlinden
Michel Verlinden Journaliste

Voyageur insatiable, Benoît Feron a compressé quinze années de voyage, à travers trente-neuf pays, dans un ouvrage qui redéplie les perspectives élargies d’une planète rabotée par les confinements.

Depuis qu’il est en âge de le faire de manière autonome, Benoît Feron (1962, Louvain) parcourt les méridiens en tous sens pour prendre des photos. C’est la passion de cet avocat bruxellois. Voyages, le livre compilant 1 650 clichés (dont un millier en ligne) qu’il publie aujourd’hui et dont il commente certains d’entre pour Le Vif, découle de cette longue histoire mais aussi d’une anecdote plus circonstanciée. Celle-ci s’ancre dans les ciels sublimes du printemps 2020, lors du premier confinement.

« Régulièrement, je prenais mon vélo en fin de journée pour arpenter les berges du canal de Bruxelles jusqu’au coeur de la ville. Les lumières y sont flamboyantes. Je les immortalisais avec mon boîtier et je publiais de temps en temps ces photos sur les réseaux sociaux », raconte l’intéressé. Dans la foulée de ces parutions, une connaissance lui adresse un message pour signifier combien la lumière et les couleurs des photographies postées l’aident à garder le moral en ces temps de liberté de mouvement restreinte. Vient ensuite novembre 2020, qui assène un deuxième lockdown avec la violence d’un coup porté sur le crâne. Benoît Feron comprend qu’il est de son devoir de faire quelque chose, pour les autres mais aussi pour lui. Il écrit alors ceci sur Facebook et Instagram: « J’ai décidé d’essayer de poster une photo par jour pour alimenter votre quotidien, avec de la couleur, du rêve, de l’inattendu parfois, en puisant parmi mes disques durs et ces milliers de photos prises un peu partout du temps de cette époque où nous pouvions voyager… Pour vous emmener autour de notre Terre. » Pendant cent soixante-cinq jours, le photographe amateur tient sa promesse en affichant toute la beauté d’un monde temporairement hors d’atteinte. Comme le note Colette Braeckman dans la préface: « Pour des centaines, des milliers d’internautes, il a ouvert une fenêtre dans la nuit. Un rendez-vous à ne pas manquer, un souffle de vie à capter pour se rappeler que l’ailleurs existe et que des amis encore inconnus nous y attendent. » Vrai: Benoît Feron est à n’en pas douter l’un de ces amis qui nous veulent du bien.

« Il s’agit d’une image prise au sein de la tribu Nyangatom, dans la vallée de l’Omo, en Ethiopie. J’ai pu la réaliser grâce au conseil d’un photographe tchèque ayant vu deux femmes avec des scarifications ventrales incroyables, en forme d’hélices ou de fleurs. Il a piqué ma curiosité. Je me suis rendu sur place et j’ai pu immortaliser ce dos magnifique de guerrier scarifié, avec le collier rouge. »
« En Inde, le festival Holi, également appelé « fête des couleurs », est une célébration hindoue qui symbolise la victoire du bien sur le mal, la fertilité et l’arrivée du printemps. Pendant plusieurs jours, les participants s’aspergent de poudre et d’eau colorée. C’est à Mathura et dans ses alentours, à Barsana et au temple de Nandgaon, qu’il est le plus fou. Une expérience unique. Vous en prenez plein la tronche, et peu importe que vous ayez un appareil photo en bandoulière: l’excuse ne résiste pas. »
« Coucher de soleil sur un cattle camp Mundari, au Soudan du Sud. La richesse des Mundari se concentre dans leurs célèbres et impressionnantes vaches Ankole-Watusi. Chaque village envoie ses jeunes les garder plusieurs semaines dans ces campements, déplacés au fil de la saison, en fonction des pluies, pour trouver l’herbe nécessaire. Un paradis photographique. »
« Burning Man est cet événement décalé symbolisant la liberté et fondé en 1991 par Larry Harvey dans le désert du Nevada. Ce festival est devenu le lieu de rassemblement de l’élite techno- logique californienne. Malgré cette tendance récente, l’endroit reste unique. Traverser à vélo cette playa de plusieurs kilomètres, sous un soleil de plomb soudainement relayé par une tempête de sable, reste une expérience hors norme. »
« Après plusieurs kilomètres sans croiser personne dans la région d’Halaba, au sud-est d’Addis-Abeba, je suis tombé sur un village ultracoloré. Et là, surprise! Alors que je photographiais des enfants devant la porte d’une maison, une jeune fille arborant un hijab rose fuchsia est sortie de la maison et a posé plusieurs minutes pour moi. »
En plus des 650 images qui se trouvent dans l'ouvrage, chaque section affiche un code-barres renvoyant vers d'autres visuels comme celui-ci.
En plus des 650 images qui se trouvent dans l’ouvrage, chaque section affiche un code-barres renvoyant vers d’autres visuels comme celui-ci. « Ces glaciers gigantesques de la baie de Disko, au large de la côte est du Groenland, sur la mer de Baffin, offrent un spectacle d’une beauté extraordinaire qui , plusieurs fois, m’a arraché des larmes. »
Voyages, par Benoît Feron, Prisme Editions, 368 p. www.benoitferon.photography
Voyages, par Benoît Feron, Prisme Editions, 368 p. www.benoitferon.photography

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