Le Moskva en 2015 © belgaimage

Le Moskva a bien été coulé par deux missiles ukrainiens, un coup dur pour la Russie

Le Vif

Le scénario selon lequel des missiles ukrainiens ont frappé le navire amiral russe Moskva, comme le revendique Kiev, a été validé vendredi par le Pentagone, qui crédite ainsi les Ukrainiens d’une victoire majeure, révélatrice de failles navales de Moscou en mer Noire selon des experts.

« Nous estimons qu’ils l’ont touché avec deux (missiles) Neptune », a indiqué vendredi à quelques journalistes un haut responsable du ministère américain de la Défense ayant requis l’anonymat, démentant la version de Moscou selon laquelle son navire lance-missiles long de 186 mètres a été « gravement endommagé » dans un incendie.

Ce haut responsable n’a en revanche pas confirmé les informations selon lesquelles l’armée ukrainienne aurait distrait la défense du Moskva avec un drone d’un côté du navire pendant que les Neptune, des missiles anti-navire ukrainiens, le frappaient de l’autre côté.

Le Moskva a ensuite sombré pendant son remorquage vers le port de Sébastopol, « dans des conditions de mer agitée », selon le ministère russe de la Défense. Une version mise en doute sur Twitter par le général américain en retraite Mark Hertling, qui constatait vendredi matin « des vents de 6km/h et un peu de pluie ces 24 dernières heures dans la région de Sébastopol ».

« Nous pensons qu’il y a eu des victimes, mais il est difficile d’évaluer combien », a ajouté ce haut responsable du Pentagone, soulignant que les États-Unis ont observé des survivants récupérés par d’autres navires russes dans les parages.

Comme pour venir accréditer la thèse avancée par l’Ukraine, une frappe a gravement endommagé dans la nuit une usine de la région de Kiev fabriquant des missiles antinavire Neptune, que l’armée ukrainienne assure avoir utilisés contre le bâtiment russe, ont constaté vendredi des journalistes de l’AFP. Le missile antinavire ukrainien Neptune, équivalent aux Exocet de la Marine française, est entré en service dans les forces ukrainiennes en mars 2021, selon la presse ukrainienne.

Le Neptune est une évolution du missile anti-navire soviétique Zvezda Kh-35, avec des performances nettement améliorées. Tiré depuis une batterie à terre, ce système de défense côtière aurait un portée d’environ 300 kilomètres. Le missile ne démasque son radar qu’en phase avancée d’approche de sa cible, pour se protéger au maximum des contre-mesures ennemies, explique une source militaire occidentale.

– défenses antimissiles « datées » –

Ces contre-mesures peuvent être de deux ordres: soit via le brouillage du radar du missile (guerre électronique), soit en détruisant le missile avec une muraille d’obus tirés par un canon anti-aérien dit « système d’arme rapproché » de type américain Phalanx, nommé Duet dans sa version russe. On ignore si le Moskva disposait de l’un ou l’autre de ces dispositifs.

Une certitude toutefois, selon H. Eldon Sutton, expert à l’Institut naval américain, « les défenses anti-missiles du Moskva étaient datées ». Outre des missiles antinavires Vulkan et des missiles mer-air Fort de type S-300, le bâtiment russe était équipé de missiles à courte portée Ossa et de canons anti-aériens. « Il semble que le Moskva soit le seul des navires de sa classe encore en service à n’avoir pas reçu lors de sa modernisation de nouveaux radars capables de repérer efficacement des cibles volant à faible altitude comme les missiles anti-navire Neptune », souligne le site d’information russe Meduza, basé en Lettonie.

Autre facteur de vulnérabilité: « le croiseur Moskva effectuait des mouvements relativement prévisibles dans la mer Noire » depuis le début de l’invasion russe, souligne H. Eldon Sutton. « La question est de comprendre pourquoi la Russie gardait ce bâtiment si près des côtes sans savoir si les missiles antinavire Neptune ukrainiens étaient en service », ajoute Rob Lee, expert de l’Institut de recherche de la politique étrangère (FPRI) à Washington.

« Les frappes russes depuis la mer sont efficaces mais limitées en nombre (…) et la perte du Moskva ne va sans doute pas constituer un revers majeur. Mais si elle est confirmée, la capacité de l’Ukraine à frapper les navires de guerre en mer Noire pourrait forcer les Russes à déployer des moyens de défense aérienne supplémentaires à bord de ses bâtiments ou à éloigner ces derniers des positions proches de la côte ukrainienne », commente l’Institut américain pour l’étude de la guerre (ISW). « Avant ce plausible tir de missile ukrainien, les Russes n’avaient pas la supériorité aérienne, ce qui constitue une condition sine qua non pour lancer une opération amphibie. Aujourd’hui, ils sont moins que jamais prêts à le faire », commente pour sa part un haut gradé de la Marine française.

D’autant que les forces du président Volodymyr Zelensky pourraient prochainement recevoir des armes supplémentaires pour garder leurs côtes. En visite à Kiev samedi, le Premier ministre britannique Boris Johnson s’est engagé à fournir à l’Ukraine des missiles antinavires Harpoon.

Un gros coup dur symbolique

« C’est un gros coup dur, symboliquement », a ajouté le haut responsable du Pentagone. Mais surtout, la perte du Moskva, un des trois croiseurs de la classe Slava dont dispose la Russie, « crée un vide en termes de capacités militaires » au sud de l’Ukraine, où le président Vladimir Poutine a décidé de concentrer sa prochaine offensive.

Conformément à la convention de Montreux, « la Turquie n’autorise pas les navires de guerre à entrer dans la mer Noire, et (les Russes) ne pourront donc pas le remplacer avec un autre navire de la classe Slava », a-t-il expliqué. Ankara contrôle l’accès à la mer Noire par le traité de Montreux, signé en 1936, qui garantit la libre circulation sur le Bosphore et le détroit des Dardanelles, mais lui accorde le droit de bloquer les navires de guerre dans le détroit en temps de conflit, sauf s’ils doivent regagner leurs bases.

Le naufrage du Moskva pourrait pousser la Marine russe à faire preuve de plus de prudence et de moins d’engagement sur le théâtre ukrainien, a également estimé le haut responsable du Pentagone.

« Bateau russe va te faire f****e »

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Un timbre représentant un soldat ukrainien faisant un doigt d’honneur au « Moskva » s’est arraché vendredi à travers les bureaux de poste du pays, devenant un objet collector et un symbole de « victoire ».

A la poste centrale de Kiev, des centaines d’Ukrainiens de tous âge ont fait la queue pendant plusieurs heures pour se procurer en premier le timbre rectangulaire qui devait être imprimé à un million d’exemplaires. « Ce bateau était leur plus gros, il valait environ 750 millions de dollars, ils ont tout misé dessus et on le leur a détruit ! », exulte Ioury Kolessan, 22 ans, qui a attendu deux heures et demie pour acheter une planche de 30 timbres. « C’est une nouvelle étape de la guerre, celle de la victoire », assure-t-il.

Au premier jour du conflit, dans un échange radio devenu viral, les garde-frontières ukrainiens de la petite Île aux serpents avaient lancé « va te faire foutre » au navire russe lui demandant de se rendre. L’enregistrement de cet échange avait fait le tour du monde et servi de leitmotiv à la résistance ukrainienne, apparaissant même sur des pancartes au cours de manifestations de soutien à l’étranger et désormais sur des timbres.

La poste avait lancé début mars un concours pour illustrer l’épisode.

Après plus de 500 propositions, l’illustration du dessinateur de Lviv Boris Groh, montrant un soldat ukrainien de dos sur du sable jaune faire un doigt d’honneur au vaisseau russe sur fond bleu, a été sélectionnée. « Quand nous avons conçu le timbre nous ne connaissions pas l’issue de cet épisode mais nous en sommes ravi », a commenté auprès de l’AFP Igor Smelyansky, directeur général de la poste ukrainienne.

Le timbre était déjà en rupture de stock vendredi après-midi à Kiev, ont constaté des journalistes de l’AFP. « On fera mieux lundi, on voulait en imprimer plus, mais le bombardement de cette nuit à Kiev a perturbé le fonctionnement de l’usine et nous n’avons pas pu imprimer la quantité prévue », s’est justifié le directeur général des services postaux.

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