Vue du panel consacré aux "implications géopolitiques de la guerre Russie-Ukraine sur le Moyen-Orient." © DR

Le conflit entre la Russie et l’Ukraine, véritable onde de choc mondiale, au centre du Forum de Doha

L’impact du conflit entre la Russie et l’Ukraine a été au centre du 20eme Forum de Doha, qui s’est tenu ce week-end. Les déclarations ont été nombreuses. Avec une constante : la guerre en Ukraine ne concerne pas que l’Europe.

Pendant deux jours, le Forum annuel de Doha, un des outils de « soft power » mis en oeuvre par le Qatar, a rassemblé plus de 2 300 invités – universitaires, politiques, experts – venus des quatre coins du monde, surtout anglo-américain, autour du thème « Transformation vers une nouvelle ère ». Une nouvelle ère dictée par l’épidémie de Covid, et par la guerre en Ukraine.

Les virulents…

Celle-ci aura été au centre de la plupart des échanges. Et parfois de manière virulente. « Un combat du bien contre le mal », a ainsi résumé la vice-ministre ukrainienne des Affaires étrangères Emine Djaparova. Celle-ci a relevé avec ironie que les habitants de Kiev s’abritent aujourd’hui dans des bunkers construits à l’époque par les soviétiques pour parer une attaque… américaine. La ministre a supplié qu’on aide son pays « avec des armes et des sanctions ». Son homologue polonais Pawel Jablonski n’était pas en reste, lui qui avertit que « Poutine va attaquer d’autres pays », et déclare que la Pologne est « prête à intervenir sur le terrain ukrainien avec des troupes au sol ».

Le conflit entre la Russie et l'Ukraine, véritable onde de choc mondiale, au centre du Forum de Doha
© Vue de Doha, Qatar

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… les prudents…

Plus prudent, et moins disert, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Hassan Sheikholeslami, a préféré se cantonner aux relations de l’Iran avec ses voisins proches, et notamment sur le timide dégel avec l’Arabie saoudite. Il considère l’appui de la république islamique d’Iran au régime de Bachar al-Assad en Syrie comme une manière de « stabiliser le pays », et s’est donc bien gardé de critiquer la Russie, cet autre soutien du régime syrien.

Quel rôle pour la Chine ? Elle aussi reste en retrait du conflit. « La Chine partage une très longue frontière avec la Russie, a rappelé John Gong, professeur d’économie à Pékin. Si la Chine impose des sanctions à la Russie, elle aura des problèmes. Quasi tous les pays qui ont imposé des sanctions bénéficient d’une sorte de protection nucléaire. Mais pas la Chine. » Selon lui, les Etats-Unis imposent un récit selon lequel tous les pays doivent édicter des sanctions à la Russie, sinon ils seront considérés comme des fauteurs de guerre.

… et les médiateurs

Entre les deux positions, on trouve les médiateurs. La Turquie, par exemple, qui chapeaute actuellement des discussions directes entre les deux belligérants. « Nous avons maintenu ouvertes nos lignes de communication avec l’Ukraine et la Russie, explique Ibrahim Kalin, conseiller principal du président Erdogan. Même si nous avons été en désaccord avec la Russie au sujet de la Syrie, nous avons réussi à discuter de nos différences. » Selon lui, « la Russie ne retirera pas de sitôt de l’Ukraine, le bloc occidental restera soudé et l’Ukraine sera toujours un pays indépendant. Les efforts de médiation seront essentiels pour façonner une architecture de sécurité renouvelée ».

Pays hôte du forum, le Qatar se retrouve propulsé comme acteur majeur en tant que premier exportateur de gaz, et alternative à la production russe. L’émirat s’inscrit dans la même logique que la Turquie, son grand allié régional. « Notre devoir est de faciliter la communication entre les petites et les moyennes puissances, et les grandes puissances« , déclaré Majid Al-Ansari, au nom du ministère qatarien des Affaires étrangères. Ce porte-parole a tenu à faire observer ceci : « Si l’Occident veut que le reste du monde respecte le droit international, alors il faut parler à ce reste du monde. Nous nous dirigeons vers un monde multipolaire. Parlons ensemble pour voir comment y arriver au mieux car sinon, le monde court à sa perte. »

François Janne d’Othée, à Doha

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