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L’autre guerre: combien de soldats russes sont vraiment morts en Ukraine?

Noé Spies
Noé Spies Journaliste au Vif

Chiffrer avec exactitude le nombre de soldats russes morts au combat en Ukraine ressemble à un casse-tête. La question est au centre des propagandes russes et ukrainiennes, alors que l’Occident tente d’y voir clair. Cette guerre est plus que jamais, aussi, une guerre de communication.

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Combien de familles russes font-elle le deuil d’un membre de leur famille tué au combat ? Sont-elles au courant de la disparition d’un proche parti sur le front ? Le Kremlin entretient les zones d’ombre autour de cette sinistre comptabilité. Alors que de leur côté, les forces ukrainiennes en font jour après jour un outil de communication.

En tout état de cause, la statistique semble complexe à confirmer. Sur un site ukrainien, des nouveaux visages de soldats russes s’affichent chaque jour, présentés comme morts au combat. Des centaines de photos de militaires. Un décompte macabre et des vidéos choquantes pour tenter de faire réagir la population russe. Partout en Ukraine, on retrouve ces mêmes scènes de corps de soldats russes, par exemple alignés dans un train d’Odessa.

Les chiffres

Pour Kiev, 15.000 soldats ennemis auraient été tués, soit l’équivalent en un mois de dix ans de guerre russe en Afghanistan. Les Etats-Unis estiment ce chiffre à 7.000, alors que Moscou ne reconnaît que 1.351 décès. La semaine passée, un journal russe avait donné le chiffre de 9.861 soldats morts, avant que l’article ne soit retiré en urgence.

L’OTAN considère pour sa part que l’armée russe a perdu – en comptabilisant tués, blessés, prisonniers et disparus – entre 30.000 et 40.000 hommes au combat en quatre semaines de guerre en Ukraine.

Mais c’est n’est qu’une estimation. Après un mois de guerre en Ukraine, les armées russes font du surplace. Et elles semblent enregistrer des pertes très importantes. L’Alliance Atlantique estime entre 7.000 à 15.000 le nombres de soldats russes morts au combat.

A titre de comparaison, environ 15.000 soldats russes sont décédés en Afghanistan entre 1979 et 1989. Cette estimation publique de l’OTAN sur le nombre de victimes russes est la première depuis le début de la guerre, le 24 février dernier.

Selon un responsable militaire de l’OTAN, l’estimation de l’alliance est fondée sur des informations provenant de responsables ukrainiens, sur ce que la Russie a publié – intentionnellement ou non – et sur des renseignements recueillis auprès de sources ouvertes. Ce responsable s’est exprimé sous couvert d’anonymat, conformément aux règles fixées par l’OTAN. Il a ajouté que cette estimation de 30.000 à 40.000 victimes russes est dérivée de ce qu’il a appelé un calcul standard selon lequel, en temps de guerre, une armée compte trois soldats blessés pour chaque soldat tué.

De son côté, le Pentagone a fourni une estimation de 2.000 à 4.000 morts russes en deux semaines, mais des sources du renseignement américain, citées par le New York Times, avançaient, le 16 mars, un bilan de 7.000 soldats tués en trois semaines. Lors d’une conférence de presse, la semaine passée, John Kirby, le porte-parole du département de la Défense, relevait que le moral des unités russes était bas, affectant leur cohésion et leur capacité à combattre.

Reconnaissance faciale

Pour contrer le Kremlin dans cette guerre des chiffres, l’Ukraine s’est dotée d’une nouvelle arme : la reconnaissance faciale. Une société américaine a été chargée de comparer les images des soldats morts avec une base de données aux milliards de profils. Une pratique qui n’est pas sans risque. Elle est contestée dans plusieurs pays et pourrait contribuer à un nouveau risque d’escalade.

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