Opinion

Philippe Maystadt

« La combinaison Macron-Merkel permettra une nouvelle initiative au niveau européen »

Philippe Maystadt Ex-président de la BEI

Le maintien d’Angela Merkel à la tête de l’Allemagne, après l’élection d’Emmanuel Macron en France, ouvre une « fenêtre d’opportunité » pour la relance de la construction européenne, en particulier le renforcement de l’Union économique et monétaire (UEM).

Car, depuis le début, le projet d’UEM est d’abord franco-allemand. La combinaison d’un président dynamique et proeuropéen et d’une chancelière disposée sans doute à prendre plus de risques politiques devrait permettre une nouvelle initiative.

Mais les positions des deux côtés du Rhin sont encore loin d’être convergentes. Macron insiste sur la création d’un budget de la zone euro pour aider les pays en difficulté. Merkel et, plus encore, le parti libéral allemand FDP, craignent que ce budget aboutisse à une  » Union de transferts  » du nord vers le sud. Macron privilégie le partage des risques, Merkel la réduction des risques. Le premier insiste sur la solidarité, la seconde sur la responsabilité.

Il y a toutefois un sentier étroit que les deux pourraient tenter de suivre. Le premier pas serait l’achèvement de l’Union bancaire. Les deux premiers piliers – la supervision des banques et la résolution de leurs difficultés – sont en place. Il manque encore le troisième : un système commun de garantie des dépôts. Jusqu’à présent, les Allemands s’y opposent, car ils craignent que les cotisations payées par les banques allemandes ne servent qu’à dédommager les déposants d’autres pays. Mais on peut les convaincre que cela resterait très exceptionnel, puisque l’on commencerait par réduire les risques en appliquant strictement les règles prudentielles et en adoptant de nouvelles règles en vue de limiter les concentrations excessives de dettes souveraines dans les portefeuilles des banques. Ici, c’est Macron qui devra résister au  » lobbying  » des grandes banques françaises.

u0022Un président proeuropéen associé à une chancelière disposée à prendre plus de risques politiques devrait permettre une nouvelle initiativeu0022

Le pas suivant irait à la rencontre d’une demande allemande : la transformation du Mécanisme européen de stabilité (MES) en Fonds monétaire européen (FME). Le FME remplacerait la  » troïka  » (BCE, Commission et FMI) pour la négociation des programmes d’aide aux pays en difficulté. Ce serait un progrès si le caractère non démocratique de la  » troïka  » disparaissait. Les décisions du FME devraient être prises par un conseil dont les membres seraient nommés par le Conseil européen avec l’approbation du Parlement européen. Son président devrait rendre compte devant ce dernier ainsi que devant le Parlement national du pays concerné.

Le troisième pas irait dans le même sens du renforcement de la légitimité démocratique. Une  » commission de la zone euro « pourrait être constituée au sein du Parlement européen, regroupant tous les membres élus dans les pays de la zone euro. Cette commission exercerait le contrôle sur les décisions de la Commission et du Conseil mais aussi des autres acteurs (Eurogroupe, MES transformé en FME). L’avantage de cette formule est qu’il ne faut pas créer de toutes pièces une nouvelle institution, un  » Parlement de la zone euro « , avec la multiplication de mandats et les coûts en personnel et en infrastructure que cela entraînerait.

Certes, ces trois petits pas sont loin de l’ambitieuse vision présentée par le président Juncker dans son récent discours sur l’état de l’Union. Mais, plutôt que d’attendre en vain un accord sur l’ensemble de cette projection, il serait prudent d’avancer pas à pas et d’engranger, dès 2018, les quelques réformes qui sont à la fois utiles et acceptables.

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