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La chaîne d’information Russia Today (RT) va faire son apparition en France

Maxime Defays Journaliste

Financée par le Kremlin, la chaîne d’informations en continu RT va s’installer chez nos voisins avant la fin de l’année. Déjà présente aux USA et au Royaume-Uni, en plus de compter deux chaînes en arabe et en espagnol, la chaîne est présentée par certains observateurs comme un « instrument de soft power de la Russie de Poutine. »

Déjà disponible dans plus de 100 pays, avec un total de 700 millions de téléspectateurs, la chaîne russe, qui compte une équipe aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, a décidé de se lancer dans le bain français. Le lancement de la chaîne, financée par le Kremlin, est prévu pour le mois de décembre. Déjà en 2015, la chaîne avait tenté de s’implanter dans l’Hexagone, mais avec la crise du rouble, l’opération avait été reportée, ne laissant place qu’à un site alimenté par environ 15 personnes. Le projet devrait être financé à hauteur de 20 millions d’euros pour son lancement. Les studios se situeront à Boulogne-Billancourt, à côté de Paris, non loin de ceux de Canal+.

Le lancement de la chaîne avait déjà été évoqué avant l’été, mais était présenté officiellement à Cannes le lundi 16 octobre. « C’est le challenge le plus difficile de ma carrière », a estimé Xenia Fedorova, la présidente de RT France, présente au salon audiovisuel du Mipcom à Cannes, où elle faisait la promotion du lancement de la chaîne publique, peut-on lire dans un article publié sur le site du Monde. « Le français permet de toucher un grand bassin d’influence, si on y inclut l’Afrique et le Canada », justifie-t-elle, cette fois-ci, dans un article du site du Figaro. « RT sera diffusée 24h sur 24, nous produirons plus de 10h de direct par jour en France », assure la présidente.

L’équipe totale de la chaîne publique en France devrait compter entre 100 et 150 personnes, à terme. RT annonce avoir déjà recruté 40 journalistes sur les 50 qu’elle vise dans un premier temps, sans aucune grande « tête d’affiche » parmi eux. Madame Federova explique au journal Le Monde « qu’ils y ont pensé au début, sans être une nécessité ». Elle déclare qu’elle a rencontré il y a quelques mois Natacha Polony (ex-chroniqueuse d’ « On n’est pas couché », notamment), mais qu’elle était « occupée à d’autres projets ». « Il y a quand même une chance qu’un grand nom nous rejoigne », a-t-elle conclu. Dans l’organigramme de la chaîne publique, on retrouve des gens expérimentés comme Jean-Maurice Potier, ancien de LCI et de France 3 ou encore Nadia de Mourzich, directrice adjointe des magazines de TF1.

En termes éditoriaux, la chaîne va diffuser de l’information internationale et française, mais avec un traitement différent. Toujours dans Le Figaro, Xena Fedorova explique que « les gens recherchent aujourd’hui d’autres points de vue. RT s’attachera à parler de ce qui reste habituellement dans les angles morts. Plus il y a de diversité d’opinion, mieux c’est ». La mission officielle du média au niveau international est d’apporter un point de vue alternatif et un aperçu de la position russe aux étrangers. Dans une interview du média Challenges en juin dernier, Xenia Federova le confirmait et entendait « traiter des informations peu ou pas traitées dans les médias mainstream ».

Certains observateurs accusent le site français de RT, lancé en 2015 donc, de n’être que la « voix de son maître » (comprenez Vladimir Poutine) et d’être simplement un site prorusse financé directement par Moscou. Le média se situe en marge des médias traditionnels français et occidentaux, qui relaient peut-être plus généralement le point de vue américain.

Dans l’article du Figaro, Xenia Federova explique que l’installation du média en France n’est pas simple et expose des « pressions politiques sur leurs annonceurs ». Le président français Emmanuel Macron n’a jamais caché sa méfiance envers les médias russes, surtout lors de plusieurs « leaks » (notamment des supposés liens entre le candidat Macron et des banques américaines ainsi que la banque Rotschild) sortis pendant la campagne présidentielle. Il n’avait pas hésité à tacler les médias russes, dont Sputnik News, une chaîne de télé et une agence de presse en ligne, quand il avait reçu Vladimir Poutine à Paris en mai dernier, et a accusé le média d’avoir répandu des « contre-vérités » diffamantes, notamment les rumeurs au sujet de son homosexualité, qu’on pouvait retrouver dans un article du média. Il avait assimilé RT et Sputnik à des « organes d’influence et de propagande mensongère ».

Depuis cet épisode, tant Sputnik que RT se sont défendus de répandre des « fake news ». D’ailleurs, Mme. Fedorova s’insurge et se défend, en expliquant que la chaîne est victime de rumeurs sur la propagation de fake news en France. « La couverture de l’élection présidentielle française a été équilibrée et nous n’avons jamais fait de sujets négatifs sur Emmanuel Macron. S’il s’agissait de la chaîne américaine CNN, ça n’aurait pas fait autant de bruit. La meilleure façon de vérifier notre honnêteté, c’est de regarder la chaîne ».

RT se présente habituellement comme étant bien séparé de Sputnik, bien que Margarita Simonian soit la rédactrice en chef de RT, mais aussi de la maison mère de Sputnik.

L’article du Monde nous apprend que le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) va surveiller de près le média public russe. L’autorité prévient la chaîne qu’elle souhaite que celle-ci respecte les stipulations sur l’honnêteté de l’information, qu’on retrouve dans la convention de la chaîne. Mme. Fedorova a assuré que RT « se plierait à toutes les règles ».

La chaîne ne sera pas visible en France sur la TNT. « Nous sommes en discussion avec les opérateurs télécom, dont Orange, mais nous n’avons pas encore signé d’accord », termine Mme. Fedorova. Chez SFR et Free, la diffusion de la chaîne n’est pas prévue à ce stade.

La mise à l’antenne est espérée avant Noël.

Avec Le Monde et le Figaro.

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