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Juppé : « Je veux une France ouverte »

Le Vif

Alain Juppé insiste sur ses différences avec François Fillon. Il juge son programme irréaliste et sa vision du monde passéiste.

François Fillon et vous, incarnez-vous deux droites différentes ?

Nous appartenons à la même famille politique depuis longtemps, mais nous avons aujourd’hui deux visions différentes de l’avenir de la France et de la manière de la réformer. Je propose des réformes profondes, mais crédibles et efficaces. Son projet me paraît beaucoup plus idéologique et, sur bien des points, non faisable. Ainsi, sa proposition de diminuer le nombre de fonctionnaires reste dans le flou artistique. Il a parlé de 600 000 postes. Aujourd’hui, c’est 500 000. La mesure concernait les fonctionnaires, maintenant, ce sont tous les emplois publics. Ce matin (21 novembre), un de ses lieutenants affirmait qu’un départ à la retraite sur deux ne serait pas remplacé, ce qui fait 250 000 personnes et non 500 000.

Vous décrivez une différence de degré avec vous, pas de nature…

Il y a une différence de nature quand, moi, je veux une France moderne, ouverte sur l’avenir. Sa vision me paraît beaucoup plus traditionaliste et tournée vers le passé. Sur les questions sociales, sur l’évolution des moeurs, la prise en compte de deux enjeux fondamentaux – l’égalité entre les femmes et les hommes ou la conception d’une nouvelle croissance pour sauver la planète du réchauffement climatique -, il s’est peu exprimé.

On vous reproche de ne pas être assez volontaire.

Ce n’est pas sérieux, surtout quand on m’oppose à François Fillon. A-t-il vraiment transformé la France, de 2007 à 2012 ? Quelles sont ses réformes fondamentales pour maîtriser le déficit, la dette, rénover en profondeur le système fiscal de la France ? Moi, dans toutes les fonctions que j’ai occupées, j’ai apporté la preuve que j’avais la capacité de réformer. Y compris en 1995. Je n’ai renoncé qu’à une seule réforme, celle des régimes spéciaux de retraite, que François Fillon n’a pas faite.

Vos positions sur des sujets de société peuvent susciter l’incompréhension de certains électeurs de droite. Que leur dites-vous ?

Je leur ai toujours dit que je respectais leurs convictions. Je suis moi-même catholique, contrairement à l’ignominieuse campagne développée par je ne sais qui et qui me présente comme converti à l’islam et complaisant à l’égard de l’islamisme. Cette campagne de caniveau a fait des dégâts sur certains esprits mal informés. Je suis catholique, je suis baptisé, je m’appelle Alain Marie, je n’ai pas changé de religion et je comprends parfaitement le point de vue de mes coreligionnaires catholiques. Certains sont plus intégristes, moi, je me reconnais davantage dans la vision du pape François.

Immigration, intégration, laïcité, en quoi votre vision est-elle différente de celle de François Fillon ?

Je ne suis pas embarqué, moi, dans l’idée de la guerre des civilisations. Je ne dis pas que François Fillon la veut, mais il l’imagine.

En quoi l’imagine-t-il ?

Il en parle ! Et son expression de totalitarisme islamique me semble ambiguë.

Ce n’est pas tout à fait pareil…

A mes yeux, la religion musulmane n’est pas par définition totalitaire. Je pense profondément qu’il y a une possibilité de construire un islam des Lumières parfaitement compatible avec la république française. Certains s’y sont employés, comme Malek Chebel, qui vient de disparaître. En revanche, il y a une déviance de la religion musulmane qui porte à l’extrémisme, à l’islamisme, au terrorisme. Elle doit être combattue avec la plus ferme détermination. J’en ai autant que François Fillon. Mais ce n’est pas une civilisation qui nous a déclaré la guerre, c’est une organisation criminelle, l’Etat islamique. Autre différence avec mon compétiteur, sur le plan de la sécurité, cette fois : il affirme qu’il n’est pas nécessaire d’augmenter les effectifs de gendarmes et de policiers sur le terrain. Je suis totalement en désaccord avec cela. Pour assurer la protection des citoyens, il faut augmenter leurs effectifs.

ENTRETIEN : CORINNE LHAÏK

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