Décès, en décembre, de Jean D'Ormesson, figure de proue de la droite intellectuelle française. © JOEL SAGET/BELGAIMAGE

Jean d’Ormesson, figure de proue de la droite intellectuelle française

Autre  » victime  » de 2017, l’écrivain et académicien Jean d’Ormesson a su cumuler honneurs et (ré)jouissances tout en cultivant l’élégance et en élevant les débats.

Il était un homme de classe. De goût et d’esprit. Sans la moindre morgue, ni autre condescendance. D’humeur égale avec tous les vivants, et tout ce qui vivait. Dans le respect de l’autre, la tendresse, la compassion. Ce qu’on appelle un  » bon client  » dans le jargon audiovisuel où sa faconde, sa silhouette gracile et ses yeux bleus égayaient régulièrement les plateaux télé.

Issu le 16 juin 1925, à Paris, d’une famille de diplomates, il connaît très vite le succès comme romancier et essayiste. Surtout à partir de 1971 et La Gloire de l’Empire, qui se vendra à 100 000 exemplaires. D’une sensibilité de droite, le journaliste, qui avait débuté dans la revue Diogène, sera également un pilier du Figaro, qu’il dirigea avant de se brouiller avec le magnat Robert Hersant et de démissionner en 1977. Jean d’Ormesson reprendra plus tard, dans Le Figaro Magazine, une chronique suivie qui continuera d’en faire une figure de proue de la droite intellectuelle française. Ce qui ne l’empêchera pas d’entretenir une relation privilégiée avec François Mitterrand. Car telle est l’empathie en cet homme, qui cherche sans cesse à percer les mobiles secrets de ses contradicteurs.

Entre-temps, en 1973, il sera élu à l’Académie française où il entrera comme benjamin – avant d’en devenir le doyen avant sa mort -, héritant du fauteuil 12 jusque-là réservé à Jules Romains. Gaulliste inconditionnel et proeuropéen, il cultive les idées de progrès et d’égalité, loin d’un conservatisme gourmé. En fait d’égalité, justement, il n’est point anodin que l' » Immortel  » fasse campagne pour l’écrivaine Marguerite Yourcenar, auteure des impérissables Mémoires d’Hadrien, toute première femme reçue sous la coupole, en 1980.

En même temps, Jean d’Ormesson poursuit inlassablement ses écritures, au fil d’ouvrages (41 en tout) où la nostalgie est contenue par une ironie suave. On a franchi l’an 2000, et l’auteur ses 75 ans, lorsque paraissent C’était bien (2003), C’est une chose étrange à la fin que le monde (2010), Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit (2013), Je dirai malgré tout que cette vie fut belle (2016, prix Jean-Jacques Rousseau de l’autobiographie) ou enfin Et moi je vis toujours (prévu pour février 2018).  » J’ai ri du monde et des autres et de moi. Rien n’est très important. Tout est tragique. Tout ce que nous aimons mourra « , écrivait-il dans C’était bien. Une citation qui résume parfaitement cet humaniste à l’aura solaire.

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