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Impôt sur la fortune : même Singapour s’y met…

Thierry Denoël
Thierry Denoël Journaliste au Vif

Cinq partis de la Vivaldi semblent acquis à l’idée d’une taxe sur les grandes fortunes. Les libéraux sont réticents et les économistes se montrent circonspects. A l’autre bout de la planète, Singapour, pourtant connue pour sa fiscalité attrayante pour les riches, est en train de mettre en place une telle taxe.

On peut qualifier cette cité-Etat qui compte 5,6 millions d’habitants de paradis fiscal. Comme le notait l’agence Bloomberg fin février, Singapour est le refuge des super-riches de la planète et les signes de la richesse y sont plus omniprésents que jamais : triplement des ventes de villas de luxe en 2021, bond de 40 % des abonnements aux clubs de golf huppés (à 230 000 euros l’année).

Mais, parallèlement, la cohésion de la société singapourienne, dont le pacte social est fondé sur la méritocratie, ne fonctionne plus, surtout dans l’après-Covid. L’opposition, qui s’est renforcée lors des élections de 2020, fustige de plus en plus cet ascenseur social qui est en panne tant au niveau de l’éducation que de l’accès à la propriété. Et deux Singapouriens sur cinq se disent « très » favorables à une hausse des impôts pour les plus riches, ce qui est nouveau.

Bref, face au vent qui tourne, le gouvernement dirigé par le Parti d’Action populaire, dominant depuis plus de cinquante ans, réfléchit très sérieusement à l’instauration d’un impôt sur la fortune. L’ancienne colonie britannique réussira-t-elle là où d’autres pays ont échoué (France, Allemagne, Danemark) ? La tentative ne manquera pas d’intéresser les spécialistes, surtout que ce petit paradis asiatique compte taxer les plus riches sans les faire fuir.

Une augmentation des taxes sur l’immobilier et les véhicules, qui doit toucher le 1 % le plus riche, a déjà été inscrite dans le budget 2022. Recettes attendues : environ 100 millions d’euros. Ce n’est pas encore énorme. Singapour avance prudemment mais sûrement. Le ministre des Finances a annoncé, au début de l’année, vouloir imposer la richesse nette, tout en reconnaissant que la mise en oeuvre d’une telle taxe est compliquée. Il a aussi dit vouloir miser sur des incitants autres que fiscaux pour maintenir l’attractivité de l’île. Ce jeu d’équilibriste en vaut-il la chandelle ? L’essai du laboratoire singapourien est à suivre de près…

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