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Herman Van Rompuy recadre François Hollande et Elio Di Rupo

Lors d’une conférence, Herman Van Rompuy a indiqué que l’Europe n’échapperait pas à l’austérité, prenant le contre-pied de récentes déclarations d’Elio Di Rupo et de François Hollande. Le président du Conseil européen a aussi exclu la négociation d’un nouveau traité budgétaire, comme le demandent les socialistes.

De sa scolarité chez les jésuites, il a retenu l’art de marier les contraires. De ses trente ans de carrière dans les arcanes de la politique belge, il a acquis la science du compromis. De son arrivée à la présidence du Conseil européen, en 2010, il a appris la nécessité d’avancer pas à pas. Il en a même forgé une doctrine : le « gradualisme ». Invité pour une conférence au Cercle de Wallonie, à Seraing, Herman Van Rompuy s’est livré le lundi 14 mai à une véritable leçon de modération. De la pure rhétorique démocrate-chrétienne, comme il l’a lui-même relevé. Sur fond de crise grecque et d’inquiétude quant à l’avenir de la zone euro.

Herman Van Rompuy a d’abord exprimé sa compassion pour les peuples européens malmenés par une crise dont ils ne sont pas responsables. « Je réalise très bien que c’est injuste pour les populations qui ont eu la malchance d’être mal gérées. Elles n’y peuvent rien. » Pour l’ancien Premier ministre belge, injustice ou pas, les citoyens n’échapperont toutefois pas à des réformes douloureuses. « Les mesures d’assainissement – ou d’austérité, chacun son vocabulaire – doivent être prises. Il n’y a rien à faire ! Rien ! Dans ce genre de circonstances, les degrés de liberté, les marges de manoeuvre sont extrêmement faibles. »

A propos de la relance, une option défendue avec de plus en plus d’insistance par la gauche européenne, il a averti : « On ne va pas retrouver la croissance par une politique de relance via l’augmentation des dépenses publiques. Je ne sais pas s’il y a encore quelques téméraires qui y songent, mais ce n’est pas en augmentant les déficits qu’on résout un problème de la dette souveraine. »

« Contrairement à ce que croient certains, on n’a pas attendu le 6 mai à 20 heures (NDLR : moment de l’élection du socialiste François Hollande à la présidence de la France) pour découvrir la politique de croissance et d’emploi », a encore ironisé Herman Van Rompuy, rappelant que son premier conseil européen en tant que président avait pour thème « booster l’économie ».

Devant un parterre de décideurs wallons, comprenant quelques personnalités politiques (le bourgmestre de Liège Willy Demeyer, la ministre Marie-Dominique Simonet, la députée européenne Anne Delvaux), Herman Van Rompuy a précisé sa vision pour une sortie de crise. « Il faudra marier les deux volets : la croissance et l’austérité. C’est un vieux démocrate-chrétien qui vous le dit, on ne choisit jamais. Il faut les deux ! »

Sur ce chapitre de la croissance, le président du Conseil européen et de la zone euro a tenu à mettre en garde les socialistes, à commencer par François Hollande. « Dire que la politique d’austérité est difficile et que la politique de croissance est facile, c’est pure illusion ! Même la politique de croissance exige des choix durs et impopulaires. »

Aller plus loin dans la libéralisation des services. Parmi les multiples réformes qu’exigera une politique de croissance, Herman Van Rompuy a pointé l’extension et l’assouplissement du marché unique européen. « On peut aller beaucoup plus loin qu’aujourd’hui, certainement dans le secteur des services. Mais là, quand je vous dis Bolkestein, il y a tout un monde qui s’ouvre… Pourtant, pas à pas, il faudra progresser dans la libéralisation du grand marché unique, 500 millions d’habitants. »

Celui qui fut dans les années 1980 président du puissant CVP, le parti chrétien-démocrate flamand, a épinglé une autre réforme à ses yeux indispensable pour retrouver la croissance : l’allongement des carrières. « La plupart des pays européens l’ont fait. Même en Espagne, dans un pays dirigé par un gouvernement social-démocrate et avec 20 % de chômage, on a repoussé l’âge du départ à la retraite. On peut d’ailleurs se demander si c’était le bon moment, mais les Espagnols l’ont fait. »

Herman Van Rompuy a par ailleurs exclu une renégociation des traités européens, une exigence de François Hollande, relayée par plusieurs socialistes belges (notamment l’eurodéputé Marc Tarabella, qui a confirmé sa position au Vif/L’Express). « Je me réfère à l’expérience du Traité de Lisbonne qui, après sept années de travaux, n’a abouti qu’à un seul avantage, avoir créé mon job. On pourra toujours demander à mon successeur de s’occuper de cette renégociation. Mais moi, je ne commence pas… On pourra bien sûr rédiger un nouveau traité à un stade ultérieur. Aujourd’hui, ce n’est pas la priorité. On emploie toutes les dispositions pour aller de l’avant sans changer les traités existant. »

De façon sibylline, Herman Van Rompuy a aussi commenté une interview au Monde du Premier ministre belge Elio Di Rupo, selon qui « la zone euro doit s’en sortir par le haut ». « Certains soutiennent qu’il faut sortir de la crise par le haut, mais ce qu’on nous demande maintenant, c’est autre chose : retrouver une confiance, une stabilité. C’est une oeuvre de survie. Réfléchir à plus long terme à un approfondissement du projet européen est certainement indiqué, mais ce n’est pas ma première préoccupation aujourd’hui. »

L’ex-ministre du Budget du gouvernement Dehaene a décoché une ultime flèche à l’égard des socialistes, en observant ce qui tient selon lui du « paradoxe ». « Ceux qui demandent une Europe sociale sont les mêmes qui disent : surtout, ne touchez pas à nos systèmes de protection sociale ! »

François Brabant

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