Un centre commercial pulvérisé, des dizaines de civils tués: à Krementchouk, le 27 juin, les Russes affirment avoir visé un dépôt d’armes... © GETTY IMAGES

Guerre en Ukraine : l’acharnement russe tue et « paie »

Gérald Papy
Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

La bataille du Donbass n’est pas encore perdue pour les Ukrainiens. Mais Vladimir Poutine a engrangé un succès en s’emparant de Severodonetsk et s’apprête à conquérir toute la région de Louhansk. Pourquoi dès lors y ajouter un crime de guerre en frappant un centre commercial et y tuer de nombreux civils?

Des provocations? Comme s’il voulait défier les dirigeants des sept plus grandes puissances au monde et de l’Union européenne, Vladimir Poutine semble avoir saisi l’affichage du front uni de ses adversaires occidentaux en Allemagne pour rappeler que son armée avait les moyens de frapper en Ukraine en tout point et à tout moment. Ainsi, a-t-elle bombardé, hors de ses théâtres actuels de confrontation (Kharkiv à l’est, le Donbass au sud-est, et Kherson au sud), la capitale Kiev le 26 juin et, à 250 kilomètres au sud-est de celle-ci, la petite ville de Krementchouk, le lendemain.

Si la première attaque aurait fait «seulement» un mort, la deuxième a pulvérisé un centre commercial, ôtant la vie à plus de vingt personnes, sans compter une quarantaine de disparus recensés en milieu de semaine. Les vidéos du complexe en feu, le travail des services de secours à la recherche de survivants ou de corps, les témoignages de rescapés ou de riverains n’y ont rien fait. L’ état-major russe a soutenu que l’attaque avait visé un dépôt d’armes dans une usine mitoyenne et que les explosions qui s’en sont suivies ont provoqué l’incendie du centre commercial qui était… désaffecté. En matière de déni de responsabilité, les Russes continuent à étonner après quatre mois de guerre. Les dirigeants du G7, de leur côté, ont mis en veilleuse leur prudence traditionnelle en évoquant un crime de guerre sans attendre une confirmation juridique.

Au moins, les Ukrainiens peuvent espérer reconstituer leurs forces, soutenues par de l’armement occidental, pour la prochaine bataille.

Vladimir Poutine n’avait pourtant pas besoin de ces provocations pour revendiquer de rivaliser, au moins dans les apparences, avec les Occidentaux. Au moment où ceux-ci enchaînaient sommets du G7 et de l’Otan, le président russe retrouvait certains de ses alliés lors d’une réunion virtuelle des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) et de pays émergents, et à la faveur d’un sommet des pays riverains de la mer Caspienne (Russie, Kazakhstan, Turkménistan, Iran, Azerbaïdjan). Celui-ci, organisé au Turkménistan, lui donnait du reste l’occasion de quitter la Russie pour la première fois depuis le début de la guerre en Ukraine, après une escale préalable au Tadjikistan, le 28 juin.

Oblast quasi conquis

Surtout, Vladimir Poutine a engrangé, le 24 juin, un succès appréciable dans le cadre de l’«opération militaire spéciale» menée en Ukraine.

En se retirant en bon ordre de la ville de Severodonetsk après deux mois d’offensive russe, les derniers soldats ukrainiens ont évité des sacrifices inutiles dans une bataille vouée à l’échec mais ont aussi ouvert la voie à une conquête complète de l’oblast de Louhansk par la Russie. Seule, la localité voisine de Lyssytchansk y fait véritablement obstacle. Mais pour combien de temps? L’ intelligence militaire voudrait que les Ukrainiens se redéploient, dans la province voisine de Donetsk, sur une ligne de front reliant Sloviansk, Kramatorsk et Bakhmout.

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Après Mélitopol fin février, Kherson le 2 mars, Marioupol le 20 mai, Severodonetsk est la quatrième ville importante dont s’empare l’armée de Moscou depuis le début de la guerre. Au moins les Ukrainiens n’y ont pas laissé de prisonniers aux Russes et peuvent espérer reconstituer leurs forces, soutenues par de l’armement occidental, pour la prochaine bataille.

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