L'Ukraine revoit ses prévisions de récoltes agricoles à la hausse. © getty images

Guerre en Ukraine : la bataille du blé n’est pas terminée

Gérald Papy
Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

Le bombardement du port d’Odessa au lendemain de la signature d’un accord sur le transport sécurisé des céréales, dont le blé, depuis les ports ukrainiens confirme la fragilité du processus. Mais la Russie a beaucoup à perdre à le saboter.

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Sans doute les Russes ne voulaient-ils pas apparaître faire preuve de faiblesse. Au lendemain de la signature, à Istanbul, d’un accord sur l’exportation des céréales ukrainiennes par les ports de la mer Noire (Odessa, Tchornomorsk et Youjne), un bombardement sur le port d’Odessa a rappelé, le 23 juillet, qu’un arrangement ponctuel avec les Ukrainiens n’ augurait en rien de concessions sur la poursuite des objectifs de guerre de la Russie.

Formellement, Moscou a raison. L’accord forgé par l’Organisation des Nations unies et la Turquie pour assurer le transport sécurisé de céréales et de denrées alimentaires ukrainiennes en mer Noire n’a pas d’incidence sur la conduite du conflit que la Russie a déclaré vouloir à nouveau étendre au-delà du théâtre du Donbass, au sud-est de l’Ukraine. Sauf que la dimension purement militaire du bombardement sur Odessa est infirmée par les Ukrainiens et les Occidentaux.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a assuré que des missiles de haute précision avaient touché une vedette ukrainienne et un stock de missiles antinavires dans la partie militaire du port odessite. Une version démentie par le ministère britannique de la Défense qui a contesté, le 24 juillet, à la fois la nature des cibles et la technicité du matériel russe. «Les processus de ciblage de la Russie sont très probablement régulièrement minés par des renseignements obsolètes, une mauvaise planification et une approche descendante des opérations», a développé le département de la Défense à Londres.

La question du déminage

Par ce bombardement, les Russes voulaient-ils assombrir ce qui pouvait être perçu comme un succès des Ukrainiens? Au cours des négociations sur la libération de leur blé, ces derniers avaient exprimé leurs craintes que leurs adversaires ne profitent de la situation créée, notamment, par le déminage des accès au port d’Odessa pour mener une offensive militaire. On ne connaît pas les modalités techniques d’application de l’accord d’Istanbul. Mais il apparaît que le déminage consenti par les Ukrainiens serait a minima. Des «pilotes ukrainiens» ouvriront la voie aux cargos dans les eaux territoriales. Et la Turquie s’est dit prête à apporter son concours à un déminage en cas de nécessité. Enfin, au fondement de l’accord, figure l’engagement des Ukrainiens et, surtout, des Russes de ne pas attaquer les navires marchands qui transporteront les céréales. Moscou a obtenu, de son côté, un assouplissement des sanctions occidentales sur ses propres exportations de produits agricoles et d’engrais.

L’aggravation de la situation alimentaire de certains pays imposait de trouver une solution négociée malgré le prolongement du conflit.

L’ aggravation de la situation alimentaire de certains pays imposait de trouver une solution négociée, malgré le prolongement du conflit. Plus sensible à la projection de son soft power au service de ses ambitions stratégiques, la Russie avait plus à perdre que l’Ukraine dans la persistance d’un blocage. Sergueï Lavrov, le chef de sa diplomatie, s’est d’ailleurs empressé de rencontrer ses partenaires africains, en Egypte, au Congo-Brazzaville, en Ouganda et en Ethiopie, une fois l’accord conclu. En période de conflit particulièrement, tout fait farine au moulin du pouvoir d’influence.

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