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Guerre en Ukraine: comment Poutine rapproche comme jamais la Suède et la Finlande de l’Otan

Le Vif

Exportations « historiques » d’armement, très forte poussée pro-Otan dans l’opinion, fermeté face aux avertissements de Moscou: l’invasion russe en Ukraine a fait basculer en quelques jours le non-alignement de la Suède et la Finlande dans une nouvelle ère.

Stockholm et Helsinki ont écarté pour l’heure l’hypothèse d’une demande d’adhésion en urgence à l’alliance atlantique, mais jamais les deux pays n’ont jamais été aussi proches de franchir le pas, selon les analystes. « Tout est possible en ce moment, et le signal des pays de l’Otan est que l’adhésion pourrait être traitée très rapidement, donc je pense que ça ne tient qu’à une décision politique à Stockholm et Helsinki », résume Zebulon Carlander, analyste de l’organisation « Société et Défense ».

Les deux pays sont officiellement non alignés, bien que partenaires de l’Otan depuis le milieu des années 1990 et ayant tourné la page de leur neutralité à la fin de la Guerre froide. Le Parlement finlandais doit débattre mardi après-midi d’une pétition réclamant un référendum sur l’adhésion à l’Otan. Celle-ci a rassemblé en moins d’une semaine les 50.000 signatures nécessaires pour saisir l’Eduskunta. Si la Première ministre sociale-démocrate Sanna Marin – à l’origine de ce débat parlementaire express – a souligné qu’il n’était pas question d’un débat général sur l’adhésion, le contexte politique a subitement changé.

Pour la première fois, une majorité absolue (53%) de Finlandais est favorable à rejoindre l’alliance militaire, selon un sondage publié lundi. Le nombre de partisans à l’adhésion a quasiment doublé en seulement quelques semaines: en janvier, il était encore de 28%. La part de Finlandais opposée à une candidature a elle chuté à 28%, avec 19% d’indécis, selon une enquête menée pour la télévision publique Yle. « Un résultat tout à fait historique et exceptionnel », a déclaré à l’AFP Charly Salonius-Pasternak, chercheur à l’Institut finlandais des affaires internationales, qui s’attend à ce que le soutien reste durablement à un niveau élevé.

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En Suède aussi, jamais le soutien de l’opinion publique n’a été aussi élevé en faveur d’une adhésion: 41% pour une adhésion, 35% contre et 24% d’indécis, selon un sondage de l’institut Novus publié vendredi par la télévision nationale SVT.

Avertissements russes

Les deux pays nordiques ont brisé un des principaux tabous de leur politique de sécurité, à savoir de ne pas exporter d’armement ou de matériel militaire à des pays en guerre. Outre du matériel plus défensif (casques, gilets pare-balles, rations…) la Suède va ainsi livrer quelque 5.000 lance-roquettes antichar. Du jamais vu depuis la guerre d’Hiver en 1939, a souligné la Première ministre Magdalena Andersson, lorsque Stockholm avait prêté assistance à son voisin finlandais envahi par… l’URSS. « Je pense que ce n’est probablement que le début d’une réévaluation de la politique suédoise de sécurité. Il y a aussi un débat sur les mesures à prendre pour renforcer l’armée suédoise », souligne M. Carlander.

Dans une autre « décision historique », selon les termes de Sanna Marin, la Finlande a décidé lundi d’envoyer des armes létales à l’Ukraine, dont 2.500 fusils d’assaut, 1.500 lance-roquettes et des munitions. Les réserves des armées suédoise et finlandaise signalent aussi un afflux de candidatures pour s’engager.

L’adhésion de la Finlande et/ou de la Suède – les experts s’attendent à ce que les deux pays agissent de concert – serait un sujet de vive irritation pour Moscou, dans un contexte explosif entre l’Occident et la Russie de Vladimir Poutine. Vendredi, le ministère russe des Affaires étrangères a affirmé que leur entrée dans l’Otan « aurait des répercussions militaires et politiques graves ». Un avertissement déjà entendu ces dernières années, a souligné Helsinki, qui a refusé d’y voir une menace d’invasion comme en Ukraine.

Moscou a fait de la poursuite de l‘élargissement de l’Otan à l’est un casus belli, dans un dossier où la Russie affirme avoir été trahie depuis la chute du mur de Berlin. Tout en écartant une candidature, Stockholm et Helsinki ont veillé ces dernières semaines à ce que la porte de l’alliance – et de son crucial article 5 d’assistance mutuelle – leur reste ouverte. « C’est la Suède seule et de façon indépendante qui choisit sa ligne en matière de sécurité », a réaffirmé Mme Andersson vendredi.

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