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Guerre en Ukraine: bricoler des obstacles anti-chars grâce à des tutos

Le Vif

Quelques tutoriels trouvés sur Internet, des rails datant de l’Empire austro-hongrois récupérés à droite à gauche et voilà comment Tarass, Vitali et leurs copains se sont mis à fabriquer des obstacles anti-char pour aider l’armée ukrainienne.

Dans l’allée de la maison de Tarass Filiptchak, en banlieue de Lviv (ouest), une dizaine de « hérissons tchèques » (le nom de ces obstacles anti-char) d’environ 100 kg chacun attendent d’être récupérés par des soldats. Ils les expédieront partout en Ukraine: certains ont été envoyés à Kiev, d’autres jusqu’à Poltava (centre-est).

Guerre en Ukraine: bricoler des obstacles anti-chars grâce à des tutos
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Tarass ne garde pas le compte exact mais il estime que sa petite bande a fabriqué plus d’une soixantaine de « hérissons » depuis l’attaque de la Russie contre l’Ukraine, le 24 février. « Le premier jour, mon frère est venu me voir et m’a dit: +Ecoute, il y a besoin d’obstacles anti-char+ », explique Tarass, allure costaude et longue barbe rousse à mi-chemin entre le hipster et le bûcheron.

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Le trentenaire, en train de construire sa maison, a récupéré un peu de matériel sur son chantier puis posté des annonces sur Facebook ou Instagram. « Des amis, des connaissances, même des gens qu’on ne connait pas » sont venus leur apporter le nécessaire ou leur donner un coup de main, explique-t-il. Ils sont désormais une vingtaine au total, dont dix réguliers, à participer à la fabrication des hérissons. « On ne pouvait pas s’imaginer qu’on ferait ça un jour. On est des gens pacifiques, des humanistes ». Si ce fabricant de meubles a l’habitude de manier le métal, concevoir ses premiers obstacles n’a pas été facile: « On a été sur Wikipedia, regardé d’où ça venait, qui les avait inventé et on a commencé à faire pareil ».

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Au fond de l’allée, quelques hommes sont occupés à souder les imposantes pièces de métal entre elles. Dans le garage encombré d’objets en tous genres, un autre façonne des obstacles plus petits en soudant ensemble de minuscules bouts de métal. « Regardez-là: 1914 », rigole Vitali Bodnar, cigarette au bec et casque de soudure relevé. C’est l’année de fabrication des rails qu’ils ont récupérées. « Elles viennent d’Autriche », poursuit-il.

De Györ plus précisément, ville aujourd’hui hongroise, comme l’indique la mention gravée sur les rails. « Tout le monde à ça chez lui par ici », reprend Vitali. Ce développeur informatique considère cette activité comme sa participation à l’effort de guerre. « On veut être un pays totalement indépendant, ou dans l’Union européenne. Personne ne veut voir ce pays intégré la Russie », assène Vitali. Il affirme ne pas pouvoir imaginer la défaite de son pays face aux troupes russes. Et que fera-t-il après la guerre ? Vitali exprime son désir de voir les frontières de son pays s’ouvrir, pour voyager plus librement. Puis le développeur informatique part dans un grand rire: « Peut-être que je vais ouvrir mon garage ! »

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