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Fallait-il rapatrier 6 femmes et 16 enfants de Syrie ? De Croo et l’Ocam répondent aux critiques

Le Vif

Dans la nuit de lundi à mardi, la Belgique a rappatrié 6 femmes et 16 enfants depuis la Syrie. Une opération qui pose question. Le Premier ministre De Croo a défendu sa position: « Il est beaucoup plus sûr de les faire venir ici que de ne pas pouvoir les contrôler là-bas ».

Au cours de la mission de la nuit dernière, six femmes et seize enfants ont été (r)amenés en Belgique depuis la Syrie. Les femmes ont été immédiatement incarcérées en raison de leurs liens avec l’EI. Les enfants, qui ont tous moins de 12 ans, seront pris en charge par le Parquet de la Jeunesse.  

Le Premier ministre De Croo a défendu mardi la décision de transférer les enfants et les mères dans notre pays.  « Ce sont des enfants qui n’ont absolument rien à voir avec les mauvais choix que leurs parents ont faits. Notre priorité a toujours été de récupérer ces enfants. Ces enfants se trouvaient dans de très mauvaises conditions, avec un risque très élevé d’être exposés à l’extrémisme, au lavage de cerveau, etc. (…) Nous voulons donner un avenir à ces enfants ».

Le Premier ministre a ajouté que les mères étaient déjà en prison et qu’elles étaient suivies de très près. « L’analyse de l’OCAM indique qu’il est beaucoup plus sûr de les faire venir ici que de les laisser là-bas sans pouvoir les contrôler », a déclaré M. De Croo. « Pour certaines femmes, les juges ont décidé qu’elles ne représentaient plus un danger aigu pour la société. Même si elles ne sont plus en prison. Mais ce n’est pas parce qu’ils ne sont plus en prison qu’elles ne sont plus suivies (…) Cela a été un choix très conscient et une analyse détaillée pour ramener ces enfants et ces femmes. »

Le procureur fédéral détaille ces rapatriements depuis la Syrie

« Toutes les femmes et tous les enfants belges qui pouvaient être rapatriés des camps en Syrie ont été rapatriés en Belgique« , a déclaré mardi le procureur fédéral Frédéric Van Leeuw, lors d’une conférence de presse. Depuis le début du conflit en Syrie et en Irak, un total d’environ 140 Belges sont rentrés, a communiqué également l’Organe de Coordination pour l’Analyse de la Menace (OCAM).

« Les 16 enfants rapatriés sont tous nés entre 2010 et 2019, l’un d’entre eux étant orphelin de père belge. Ils ont été immédiatement placés sous l’autorité des services de la jeunesse et des parquets de la jeunesse. Après que leur santé physique et psychologique aura été examinée dans un hôpital, les mesures nécessaires seront prises pour chacun d’entre eux », a-t-il dit.

Les six mères ont pu dire au revoir à leurs enfants en toute sérénité mais ont été privées de liberté à leur arrivée en Belgique, selon le procureur fédéral. « Il s’agit de deux femmes de la région bruxelloise, de deux femmes d’Anvers et de deux femmes de Sint-Niklaas. Elles font l’objet de condamnations par défaut à des peines allant jusqu’à cinq ans de prison », a-t-il précisé.

L’OCAM a affirmé qu’elles feront l’objet d’un suivi rapproché, tant pendant qu’après leur séjour en prison. « Ce rapatriement volontaire depuis la zone de conflit en Syrie a fait l’objet d’une évaluation au cas par cas, en tenant compte de l’intérêt de l’enfant, du danger pour la sécurité publique belge et de la faisabilité pratique », a déclaré l’OCAM.

« Pour notre sécurité nationale, un retour contrôlé constitue la meilleure garantie d’un suivi adéquat par tous les services compétents. La situation dans les camps est très fragile et des évasions ne sont pas à exclure. Si un individu venait à disparaître des radars des services de sécurité, les risques sur le plan seraient, certainement à terme, largement supérieurs. Grâce à cette action, nous avons plus de contrôle », a-t-il indiqué.

Par ailleurs, l’influence du groupe terroriste État Islamique reste importante dans les camps, selon l’OCAM. « Des actions telles que le rapatriement de ressortissants belges réduisent le risque que ceux-ci se radicalisent davantage. Et un environnement stable et sûr pour les enfants augmente leurs chances d’avoir un avenir normal dans notre société ».

« Même si l’on constate, pour la plupart, des signes positifs de réintégration et d’abandon de l’idéologie extrémiste, un certain nombre d’entre eux restent encore réceptifs à cette idéologie »

L’OCAM

Au total, 140 Belges ont été rapatriés en Belgique depuis le début du conflit en Syrie et en Irak, dont une quarantaine d’enfants. « Même si l’on constate, pour la plupart, des signes positifs de réintégration et d’abandon de l’idéologie extrémiste, un certain nombre d’entre eux restent encore réceptifs à cette idéologie », a déclaré l’OCAM.

Quant aux enfants, « ils ont été recueillis par les services compétents en matière d’accompagnement de mineurs en Belgique. Sur la base des informations à la disposition de l’OCAM, la plupart de ces enfants évoluent positivement ».

« Actuellement, la situation des six femmes et des 10 enfants qui ont été rapatriés l’année dernière fait l’objet d’un suivi par les services compétents, et, compte tenu des circonstances, est évaluée positivement », a ajouté le procureur. En mars 2021, le Conseil national de sécurité a décidé de rapatrier les femmes et les enfants belges de Syrie, mais à des conditions strictes.

En juillet 2021, six femmes et dix enfants avaient déjà été transférés en Belgique. Dans la nuit de lundi à mardi, ce sont six autres femmes et 16 enfants qui ont été rapatriés.

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