Opinion

Mélanie Geelkens

« Une sacrée paire d’organes »

Mélanie Geelkens Journaliste, responsable éditoriale du Vif.be

Il est où, le phallus de Benjamin Griveaux ? Disparu. Aussi vite qu’il s’était virtuellement érigé. Nulle part sur Google Images et Vidéos (#journalismedinvestigation). Effacé des comptes Twitter de ceux ayant donné un coup de main à ce Russe confondant activisme et pornodivulgation. Film masturbatoire éphémère, conséquences durables : plus de mairie de Paris, plus de crédit politique, plus d’honneur, plus d’intimité. Plus de femme, peut-être.

La poitrine de Katie Hill, elle, n’a pas connu cette fugacité numérique. Deux clics suffisent pour retrouver les images de cette élue démocrate américaine nue (#prixpulitzer). Les tétons masqués par des rectangles noirs, ça doit être plus décent. Et moins humiliant. Les attributs de l’actrice Jennifer Lawrence n’ont guère eu la même chance que celui de Benjamin Griveaux. Pas plus que les nude de la nageuse Laure Manaudou, toujours gravés dans la mémoire du Web… treize ans après que son ex les y ait insérés.

 » Fallait-il attendre que des hommes en soient victimes pour que le sujet soit enfin pris au sérieux ?  » (lu dans Libé, le 17 février). Question rhétorique. Selon l’ONG américaine Cyber Civil Rights Initiative, le revenge porn concerne à 90 % des paires de seins. Et personne ne s’en est ému au point de forcer les acteurs du Web à retirer, jusqu’aux derniers, les clichés de celles de Katie Hill, Jennifer Lawrence, Laure Manaudou et consortes.

Pauvres idiotes sans jugeote ! Comme ce Griveaux, là, qu’avait-il besoin d’immortaliser son onanisme ?  » Fallait réfléchir.  » Comme c’est de bon ton ! Le sexe a ceci d’aussi beau que laid qu’il se pratique rarement avec le cerveau. Les gens se sextent, c’est un fait. Selon un récent sondage Ipsos, 31 % des 18-25 ans et 28 % des 25-35 ans ont déjà envoyé une photo du genre qu’on n’encadre pas. Parce qu’ils (ou elles) trouvent ça excitant. Dans l’espoir de plaire. Pour jouer avec le feu. Par fierté de leur corps. En espérant impressionner. Car dire  » non  » est compliqué. Qu’importe. Faites pas les choqués, les aînés. Genre vos VHS n’étaient jamais olé-olé…

La vengeance, la volonté d’humiliation sont par contre des jouissances purement cérébrales. Seules elles devraient être déshonorantes. Seule cette société où les femmes sont vues par certains comme des possessions humiliables devrait être récriminée. Protégez vos filles. Eduquez vos fils. Juste une observation, comme ça : la vidéo de Griveaux (comme les quelques-unes de victimes masculines non anonymes), envoyée à une femme, balancée par des mecs. Peut-être qu’elles sont lâches. Peut-être que c’est pas plus mal.

Eduquez vos filles, aussi. Au Mexique, un groupe de défense des droits féminins organise des ateliers  » Je sextote, et toi ?  »  » Cette idée selon laquelle les femmes doivent faire attention, ne pas s’exprimer sexuellement revient à en faire des coupables et à les victimiser à nouveau, affirmait l’une des responsables, en décembre 2018. Nous devons mettre fin à ces tabous qui constituent une violence contre […] les jeunes filles, qui exercent simplement leur droit d’utiliser leur corps, et vivre leur sexualité.  »

Rien de sale là-dedans. Pas même sur un écran de téléphone.  » Sans honte, ni culpabilisation autour des questions de sexualités, le revenge porn n’est rien « , écrivait Ovidie le 14 février, dans Libération. La réalisatrice et ancienne actrice porno aurait rêvé rédiger le discours de la conférence de presse de Benjamin Griveaux. Quelque chose du genre :  » Je vous le confirme, il s’agit bien de ma bite. Je n’ai rien fait d’illégal. Je compte poursuivre ceux qui ont fait circuler ces photos, parce que la loi m’y encourage et parce que la honte doit changer de camp. Je me trouve à mon avantage sur cette vidéo. Une autre question ?  »

18 %

de profils de femmes ont été recensés en 2019 sur Wikipédia (anglophone). Une lente progression de 1 % par rapport à l’année précédente. Peut mieux faire ! D’autant que les femmes scientifiques ne représentent toujours que 10 % des biographies. Pour pallier le manque, des marathons d’édition sur Wikipédia (wikithons) voient le jour. Prochain en Belgique : le 5 mars à Bruxelles (sur le site de la RTBF). L’objectif : la création de 100 nouveaux profils féminins, en seize heures top chrono. Go !

Se dévêtir n’est pas consentir

En France, HandsAway, l’association de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, vient de lancer sa campagne  » Ceci n’est pas un consentement  » contre le harcèlement. A travers une série de huit images fortes, elle rappelle que chaque femme a le droit de s’habiller comme bon lui semble. Qu’un décolleté, une jupe ou encore un short ne sont pas synonymes de consentement. Pour rappel, en 2017 l’asbl Touche pas à ma pote révélait que 98 % des femmes avaient déjà été victimes de harcèlement de rue en Belgique. E. M.

Girl power

Sa majesté Roxanne 1ère a régné sur le carnaval de Mont-Dison (province de Liège), le week-end des 22 et 23 février. Avec ses deux pages et ses deux trésorières, l’équipe était la première 100 % féminine à diriger cette société de carnaval vieille de 61 ans. En attendant une Blanche Moussi ou une Gillette de Binche…

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