Le président français et candidat à la réélection du parti La République en Marche Emmanuel Macron et la candidate à la présidence du parti d'extrême droite français Rassemblement National Marine Le Pen posent avant de participer à un débat télévisé en direct sur les chaînes de télévision françaises TF1 et France 2. © AFP

Macron accuse Le Pen de dépendre du pouvoir russe et de Poutine (débat télévisé)

Le Vif

Les deux finalistes de l’élection présidentielle française, Emmanuel Macron et Marine le Pen, ont amorcé mercredi soir leur débat télévisé, temps fort de la campagne pour le second tour, en s’affrontant sur la question du pouvoir d’achat, première préoccupation des Français.

Le président candidat Emmanuel Macron a accusé mercredi son adversaire d’extrême droite Marine Le Pen de « dépendre du pouvoir russe et de Poutine » en évoquant le prêt contracté par sa rivale auprès d’une banque russe, lors du débat télévisé d’entre-deux tours de la présidentielle.

« C’est faux et c’est assez malhonnête« , a rétorqué sa rivale, en affirmant qu’aucune banque française ne lui avait accordé de prêt et qu’elle n’avait « d’autre dépendance que de rembourser son prêt ». »

Après avoir échangé une rapide poignée de main, les deux candidats toujours en lice pour l’Elysée ont pris place sur le plateau de TF1 et France 2 où ils aborderont, au cours des 2H30 de débat, plusieurs thèmes – pouvoir d’achat, sécurité, jeunesse, international, compétitivité, environnement, modèle social, gouvernance pour tenter de convaincre des millions d’électeurs hésitants.

« Un autre choix est possible, fondé sur le respect, fondé sur le bon sens« , a lancé la candidate d’extême droite en amorce du débat. « Si le peuple français me fait l’honneur de m’apporter sa confiance dimanche prochain je serai » notamment « la présidente du quotidien de la valeur travail, du pouvoir d’achat, de l’école« .

« Nous avons tous ensemble traversé une période si difficile des crises sans précédent » a déclaré pour sa part le président sortant. « J’ai traversé à la tête de notre pays par la confiance donnée cette période en essayant de prendre les bonnes décisions et je veux continuer de le faire parce je crois d’abord que nous devons et nous pouvons rendre notre pays plus indépendant et plus fort par son économie, par le travail, par la recherche, l’innovation, par sa culture« .

Ce duel est la réédition de celui de 2017, et une partie des électeurs de gauche, notamment ceux ayant voté pour le candidat de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, arrivé troisième au premier tour, sont méfiants ou tentés par l’abstention. Le débat ne bouleverse habituellement pas les dynamiques d’intentions de vote. Mais cette fois, il pourrait remobiliser certains électorats et « déplacer davantage de voix que ce qu’on a observé depuis le début de la Ve République » en 1958, estime Brice Teinturier, directeur général délégué de l’institut de sondages Ipsos.

A quatre jours du second tour, les sondages donnent invariablement l’avantage au président sortant, avec 54 à 56,5% des intentions de vote contre 43,5 à 46% pour sa rivale d’extrême droite. Un écart beaucoup plus serré qu’en 2017 où M. Macron l’avait emporté avec 66% des suffrages. Il y a cinq ans, Mme Le Pen avait sombré en direct devant les 16,5 millions de téléspectateurs du débat, apparaissant agressive et mal préparée face à un jeune candidat alors inconnu, calme et maîtrisant ses dossiers.

Mais la dirigeante d’extrême droite a patiemment remonté la pente, travaillé ses dossiers, adouci son image, et s’est préparée intensément au débat. Le président sortant, lui, n’a plus l’atout de la fraîcheur, et doit défendre le bilan d’un quinquennat critiqué. Sur la question du pouvoir d’achat, les deux candidats se sont lancés l’un à l’autre de nombreux chiffres dans un échange assez technique, actant de leur désaccord quant aux effets des mesures que chacun propose.

Divergences multiples

Les deux camps ont donné mercredi matin un avant-goût de la future bataille au sommet. Lors du débat, Emmanuel Macron « va insister sur les incohérences de Marine Le Pen, qui a quand même dit tout et son contraire sur tout en cinq ans, et singulièrement sur les sujets géopolitiques, stratégiques« , a assuré le ministre délégué aux Transports Jean-Baptiste Djebbari, en citant l’Ukraine et le président russe Vladimir Poutine.

Dans un entretien à la chaîne française BFMTV, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a d’ailleurs invité la candidate d’extrême droite, accusée de proximité avec la Russie, à admettre qu’elle « s’est trompée » sur le compte de Vladimir Poutine, qui a déclenché la guerre en Ukraine le 24 février.

L’opposant russe emprisonné Alexeï Navalny a quant à lui appelé mercredi à voter pour Emmanuel Macron. Il s’est dit « choqué » du prêt de 9 millions d’euros contracté en 2014 par l’ancien parti Front National (devenu Rassemblement national, RN) auprès d’une banque russe, y voyant « une vente d’influence politique à Poutine ».

Outre les questions internationales, les deux candidats divergent sur presque tout: des retraites à l’écologie, les libertés publiques et les institutions, le pouvoir d’achat, l’Union européenne…

Tentant d’élargir leur base électorale, ils ont aussi amendé certaines de leurs propositions phares: l’interdiction du port du voile dans l’espace public n’est plus la priorité pour Marine Le Pen, la retraite serait portée à 64 ans au lieu des 65 initialement proposés pour Emmanuel Macron, qui a aussi promis, dans un geste aux électeurs écologistes, un Premier ministre « directement chargé de la Planification écologique« .

Le « point faible » de M. Macron « et peut-être aussi son point fort, c’est de ne jamais douter de lui-même« , a affirmé le président du parti RN, Jordan Bardella, sur la chaîne France 2. Alors que le « véritable point fort » de Marine Le Pen, qui a placé la défense du pouvoir d’achat au coeur de sa campagne, « est de parler du quotidien des gens« , selon lui.

« Il n’y a pas de stress mais un peu d’appréhension parce qu’on sait que beaucoup de Français vont se décider sur ce débat« , a-t-il ajouté.

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