Ursula von der Leyen © Getty

L’UE confrontée à un « SMS-gate » ? « Nous devons savoir ce que Von der Leyen a promis à Pfizer »

Kamiel Vermeylen Journaliste Knack.be

Que contiennent les SMS présumés entre Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et Albert Bourla, le patron de Pfizer ? Pour la médiatrice européenne Emily O’Reilly, il y a un besoin urgent d’enquête et de transparence.

Au printemps 2021, la campagne européenne de vaccination qui peine à démarrer soumet la présidente de la Commission Ursula von der Leyen à une pression considérable. L’Allemande, qui ne rechigne pas à faire des déclarations plus ou moins prometteuses, doit faire face aux retards de livraison annoncés par les producteurs de vaccins AstraZeneca, Moderna et Pfizer. Et ce, alors qu’Israël et le Royaume-Uni assurent un démarrage foudroyant.

Alors que les problèmes avec AstraZeneca s’éternisent, Pfizer augmente rapidement sa capacité de production. Mieux encore, la société américaine réussit même à compenser les pénuries des autres producteurs. Les livraisons sont plus rapides et plus fréquentes qu’auparavant : une accélération qui donne à Von der Leyen et à de nombreux autres politiciens le répit nécessaire.

La coopération constructive entre l’entreprise américaine et l’Union européenne favorise les bonnes relations entre Ursula Von der Leyen et le directeur général de Pfizer, Albert Bourla. Bourla le souligne à plusieurs reprises. « Nous avons créé un profond lien de confiance« , déclare-t-il. Jusqu’à ce que le journal américain The New York Times rapporte en avril 2021 que Bourla et Von der Leyen s’appellent et échangent régulièrement des messages.

Pression

Mais quelle est la nature de ces discussions à l’amiable? La plateforme d’information allemande Netzpolitik demande à voir le trafic de messages entre Bourla et Von der Leyen. Mais le journaliste en question ne reçoit pas de réponse. Pour la Commission, les sms ne sont pas destinés à être stockés et ne sont pas soumis aux règles de transparence de l’Union européenne. « Ces messages sont de nature éphémère et, en principe, ils ne contiennent pas d’informations importantes sur la politique à suivre », déclarait-elle.

Ce raisonnement ne tient pas la route, estime la médiatrice européenne, Emily O’Reilly. Dans son avis non contraignant, l’Irlandaise affirme que les services compétents n’ont même pas vérifié l’existence des messages. Selon O’Reilly, ces messages peuvent être pertinents s’ils ont trait aux politiques et au fonctionnement de l’institution. Si nécessaire, ils doivent également être publiés.

Cet avis augmente la pression sur la Commission pour qu’elle soit plus transparente. Depuis un an et demi, l’institution a déjà été critiquée pour le manque de clarté entourant les achats et les contrats. Par exemple, les procès-verbaux du Steering Board et du Joint Negotiation Team, deux organes européens au sein desquels siègent la Commission, les États membres et les producteurs de vaccins, ne sont pas accessibles au public.

Prix

Mais il y a aussi d’autres raisons. Un tableau divulgué par la secrétaire d’État au budget Eva De Bleeker (Open VLD) fin 2020 montrait déjà que les vaccins Pfizer étaient plutôt plus chers. Et après l’achat de 1,8 milliard de doses supplémentaires, l’ancien Premier ministre bulgare Boyko Borisov s’est plaint que les vaccins Pfizer étaient devenus encore plus chers. Pfizer a récemment annoncé avoir réalisé un bénéfice d’environ 30 milliards d’euros en 2021 grâce à son vaccin.

En outre, l’Union européenne est l’un des rares blocs qui, dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce, continue de s’opposer à la suppression des droits de propriété intellectuelle sur les vaccins. Ce faisant, elle s’aligne sur la position des grands fabricants de vaccins. On ignore si les échanges de SMS entre Von der Leyen et Bourla sont liés à cette question.

Dans ce contexte, le Parlement européen a récemment créé une commission spéciale covid afin d’examiner la politique vaccinale de l’Union européenne. Selon la députée européenne Kathleen Van Brempt, le thème doit y être abordé. « La question est de savoir quelle a été l’influence de Bourla sur la Commission dans la gestion de la pandémie », déclare Van Brempt. « C’est un secret de polichinelle que Pfizer exerce une forte pression en coulisses pour qu’aucune concession ne soit faite sur les brevets. Nous devons savoir ce que Von der Leyen a promis à Bourla.« 

La Commission doit répondre à l’avis de la médiatrice avant le 26 avril. Il n’est pas clair si les messages entre Von der Leyen et Bourla ont été préservés ou non. Vendredi après-midi, les porte-parole de la Commission n’ont pas pu donner de réponse décisive. À la question de savoir si Von der Leyen était également en contact avec d’autres producteurs de vaccins de cette manière, il a été répondu que la présidente de la Commission est en contact avec « un large éventail de personnes » et que c’est précisément grâce à cela qu’il a été « possible de mettre en place une série d’achats qui permettrait à chaque Européen d’être vacciné ».

Dans son précédent poste de ministre allemand de la Défense, Mme Von der Leyen a été discréditée pour ses communications téléphoniques avec l’industrie. Lorsque l’enquête a démarré, il s’est avéré que son téléphone ne contenait plus aucun message.

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